Les routes menacent les tigres en Asie (3 mn)

Photo d'illustration © Gianfranco De Bei de Pixabay

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Les tigres asiatiques sont menacés par près de 24 000 km de nouvelles routes qui devraient être construites d’ici 2050, notamment en Indonésie et en Inde.

Un réseau routier en expansion rapide en Asie menace d’entraîner des problèmes similaires pour les tigres (Panthera tigris) ailleurs en Indonésie et au-delà. Selon une nouvelle étude publiée dans la revue Science Advances, près de 24 000 kilomètres de nouvelles routes seront construites en Asie d’ici 2050, dans les « paysages de conservation du tigre » (PCT) ; de grandes zones contiguës ou connectées d’habitat approprié pour les tigres, pouvant accueillir au moins cinq félins adultes et où la présence de l’espèce a été confirmée au cours des dix dernières années. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

En utilisant un ensemble de données mondiales sur les routes récemment développé, Neil Carter, écologiste de la conservation à l’Université du Michigan, et ses collègues ont calculé l’étendue des réseaux routiers prévus et existants dans 13 pays d’Asie et les impacts potentiels de ces routes sur le tigre, une espèce globalement menacée, avec moins de 4 000 individus restant dans la nature. Les analyses ont porté sur une zone de près de 1,16 million de kilomètres carrés au Bangladesh, au Bhoutan, au Cambodge, en Chine, en Inde, en Indonésie, au Laos, en Malaisie, au Myanmar, au Népal, en Russie, en Thaïlande et au Vietnam. « Notre analyse démontre que, dans l’ensemble, les tigres sont confrontés à une menace omniprésente et croissante provenant des réseaux routiers dans la plupart de leurs 13 pays d’origine« , a déclaré M. Carter dans un communiqué.

Après leur construction, même les routes forestières à faible trafic peuvent accroître l’accès des humains aux régions éloignées et contribuer au braconnage des tigres et de leurs proies. Les tigres sont également tués par des collisions avec des véhicules, notamment en Inde. Dans la région de Kerinci Seblat à Sumatra, les tigres évitent les routes publiques. Ce comportement est suspecté dans d’autres régions et représente un obstacle important aux mouvements des tigres, avec la possibilité d’isoler des populations sur des « îlots » de tigres. La variation génétique qui provient de la reproduction des tigres avec différentes populations est importante pour qu’une population de tigres soit résistante, saine et croissante. Le maintien de corridors sauvages où les tigres peuvent se déplacer librement est un enjeu majeur de leur survie.

Actuellement, 134 000 km de routes traversent les 76 PCT connues. Selon l’étude, ces routes pourraient réduire l’abondance des tigres et de leurs proies de plus de 20 %. La densité des routes varie considérablement selon les pays et les régions étudiés. Par exemple, la densité des routes en Chine était près de huit fois supérieure à celle de la Malaisie. Sur les dix LCT présentant la plus forte densité de routes, deux sont considérés comme des sites prioritaires pour les tigres : le paysage de Bukit Tigapuluh en Indonésie et Corbett-Sonanadi en Inde. Entre 2000 et 2012, Bukit Tigapuluh a perdu près de 40 km2 de forêt en raison de l’expansion des plantations de palmiers à huile. Au cours de la même période dans ce paysage, le nombre de tigres adultes est passé de 36 à 22 individus.

« Les habitats des tigres ont diminué de plus de 40 % depuis 2006, ce qui souligne l’importance de maintenir les zones sans routes et de résister à l’expansion des routes dans les endroits où les tigres existent encore avant qu’il ne soit trop tard« , indique l’étude. L’explosion du nombre de nouvelles routes est due en partie aux stratégies de développement mondial telles que l’initiative chinoise « Belt and Road Initiative » (BRI), lancée par Pékin en 2013. Selon les chercheurs, les développeurs des différents projets d’infrastructure de la BRI pourraient devenir des partenaires dans la préservation des tigres en faisant de la conservation une valeur fondamentale de leurs projets d’infrastructures.

L’étude

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