La CITES renforce la protection des espèces en danger d’extinction (5 mn)

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La CITES, qui régit les ventes internationales d’espèces sauvages, a voté définitivement la régulation du commerce de la girafe et du requin mako, et renforcé la protection d’autres animaux comme les loutres et les éléphants, alors que sa réunion a pris fin mercredi 28 août à Genève.

La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) représente plus de 180 pays, qui se réunissent tous les deux ou trois ans pour amender la liste des espèces qu’elle régit. La CITES fixe les règles du commerce international de plus de 35.000 espèces de faune et de flore sauvages et dispose d’un mécanisme qui lui permet d’imposer des sanctions aux pays qui ne respectent pas ces règles. Parmi les animaux emblématiques, la CITES a introduit cette année la girafe dans son annexe II, qui soumet le commerce international à des permis, à condition qu’il ne porte pas atteinte à la survie des animaux dans la nature. Les délégués ont ainsi reconnu pour la première fois que le commerce de peau, de cornes, de sabots et d’os de girafes notamment constituait une menace pour la survie de l’espèce. La population des girafes d’Afrique a décliné d’environ 40% en trente ans et compte aujourd’hui moins de 100.000 animaux, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). La CITES a aussi renforcé la protection de deux espèces de loutres d’Asie, la loutre cendrée et la loutre à pelage lisse, très prisées au Japon comme animaux de compagnie. Elles sont passées de l’annexe II à l’annexe I qui interdit tout commerce international.

Par ailleurs, une centaine de pays ont voté en faveur de la régulation du commerce international des requins makos, très recherchés pour leur chair et leurs ailerons. Le requin mako, le plus rapide au monde et qui vit en Atlantique, Méditerranée, Pacifique Nord et océan Indien, est la cible de flottes de pêche puissantes. Il a pratiquement disparu en Méditerranée et sa population a fortement diminué ailleurs. Le Mexique a présenté une proposition pour inscrire le requin taupe-bleu et le petit requin taupe (aussi dénommés mako) à l’annexe II de la CITES. La proposition a donné lieu à de vifs débats avant d’être adoptée par 102 voix (40 contre), lors d’un vote à bulletin secret. « La pêche est la principale menace à laquelle sont soumises ces requins, a relevé le délégué de l’Union européenne, qui soutenait cette mesure. Des mesures de gestion beaucoup plus fortes sont nécessaires » que des tentatives nationales pour réduire la surpêche, a-t-il argumenté. A l’inverse, des pays opposés à cette inscription, comme le Japon ou la Chine, ont fait valoir que les données scientifiques sont insuffisantes ou ne démontrent pas un déclin de l’espèce ou encore que leur commerce est déjà géré par les organisations intergouvernementales de pêche. Les délégués ont aussi voté pour le classement de la famille des raies guitares (Rhinobatidae) et les raies de la famille Rhinidae à l’annexe II, soit au total 18 espèces de raies et de requins. « Il y a un véritable élan global pour sauver ces espèces« , a salué Megan O’Toole, de l’ONG Ifaw. « Il y a maintenant de l’espoir« , a jugé Luke Warwick de Wildlife Conservation Society (WCS). Pour la première fois, trois espèces de concombres de mer, prisés par les consommateurs en Asie, ont été inscrites à l’annexe II, avec un délai de 12 mois pour la mise en oeuvre, une décision saluée par WWF. Ces animaux sont menacés par la surpêche alors qu’ils « jouent un rôle crucial dans la santé des écosystèmes« , a commenté Colman O Criodain. En mars dernier, une étude de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) avait révélé que 17 espèces de raies et requins sur les 58 dernièrement évaluées étaient classées à risque d’extinction, avec des craintes très fortes pour le requin mako et le petit requin-taupe. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

La CITES a également drastiquement limité les possibilités de vendre à l’étranger des éléphants d’Afrique capturés dans la nature, pour des zoos ou des parcs de loisirs, une décision saluée comme une avancée importante par les ONG. Le texte a été voté par 87 voix pour, 29 contre et 25 absentions, réunissant ainsi la majorité nécessaire des deux-tiers. Une première version du texte avait été adoptée le 19 août, au premier jour de la réunion de la CITES qui se termine mercredi. Le document, présenté par plusieurs pays d’Afrique, concluait que seuls « les programmes de conservation in situ dans l’aire de répartition naturelle de l’espèce » constituaient des « destinataires appropriés et acceptables » pour ces animaux, excluant de fait les zoos ou les parcs de loisirs. Mais cette décision avait suscité une forte opposition de certains pays, comme le Zimbabwe et le Botswana. Il existe une demande d’éléphanteaux sauvages pour alimenter des zoos et des parcs de loisirs, en particulier en Chine et aux Etats-Unis, selon des ONG. Le Zimbabwe a ainsi capturé et vendu plus de 100 bébés éléphants à des zoos chinois depuis 2012, estime le groupe de protection animale Humane Society International (HSI). Une intense campagne de pression – avec des célébrités comme Pamela Anderson, Brigitte Bardot, Jane Goodall – a eu lieu entre les deux votes. En séance plénière, l’Union européenne a présenté une version amendée du texte pour tenter de parvenir à un compromis. Les amendements prévoient que les éléphants sauvages capturés pourront être transférés dans des zones protégées ou vers des programmes de conservation, dans leur aire de répartition actuelle ou passée. Des exceptions sont prévues dans des « circonstances exceptionnelles« , après consultation des experts de la CITES et de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), ou dans le cas de « transferts temporaires dans des situations d’urgence« . Cette nouvelle version a donné lieu à des débats très tendus et n’a pu être adoptée qu’après une interruption de séance. « C’est une victoire« , s’est réjouie Audrey Delsink, de HSI. Le texte souligne que la priorité est que les éléphants soient « in situ, dans leur aire de répartition actuelle ou passée« , a-t-elle expliqué à l’AFP. Les éléphants ont une vie familiale complexe, ils supportent mal d’être séparés des leurs et la vie en captivité, font valoir les ONG et des chercheurs, d’où l’importance de les maintenir dans leur milieu naturel. Cette décision va « changer la vie de nombreux bébés éléphants« , s’est félicitée Cassandra Koenen, de Wildlife at World Animal Protection, dans un communiqué. Pour autant, avec l’existence de « circonstances exceptionnelles« , « une porte étroite reste entrouverte mais son franchissement sera difficile« , estime l’ONG Robin des Bois. Robin des Bois souligne que les transactions seront examinées par les experts de l’UICN, qui se sont déclarés par le passé défavorables à ce que des éléphants sauvages soient capturés pour être placés en captivité. « Les demandeurs devront par ailleurs scientifiquement prouver que ces exportations bénéficient à la conservation des éléphants d’Afrique dans leur milieu naturel« , ajoute l’ONG.

Quant aux défenses d’éléphants, leur commerce demeure interdit à l’échelle internationale. Le président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa a dénoncé le refus de la communauté internationale de lever partiellement l’embargo sur le commerce de l’ivoire, ainsi que son pays le souhaite pour financer la protection des éléphants. La CITES a en effet rejeté une proposition du Zimbabwe, du Botswana et de la Namibie, qui souhaitent pouvoir vendre leur stock d’ivoire. « Le sort de nos animaux sauvages est discuté à Genève, un endroit sans rapport avec eux« , s’est insurgé M. Mnangagwa cité par le quotidien d’Etat The Herald. « Les Européens ont laissé disparaître tous leurs animaux mais ils veulent imposer des règles à ceux qui ont réussi à protéger les leurs« , a-t-il ajouté. La CITES a strictement interdit en 1989 tout commerce de l’ivoire, très prisée dans les pays asiatiques, pour protéger les populations d’éléphants des braconniers. Ces dix dernières années, le nombre de pachydermes africains, pour l’essentiel issus du sud du continent, s’est rétréci de 110.000 pour atteindre 415.000 spécimens, selon l’Union internationale pour la conservation de la
nature (UICN). Quelque 40.000 éléphants africains sont victimes chaque année du braconnage. Victime d’une grave crise économique, le Zimbabwe souhaite pouvoir vendre les stocks qu’il a accumulés au cours des ans pour financer ses efforts de conservation de la faune. Selon M. Mnangagwa, les stocks de son pays et de ses deux voisins atteindrait une valeur de 600 millions de dollars. « C’est une grosse somme que nous pourrions utiliser pour mener de grands projets« , a plaidé le chef de l’Etat zimbabwéen. Les pays d’Afrique australe assurent qu’un allègement de l’interdiction du commerce de l’ivoire faciliterait la gestion de leurs populations d’éléphants qui, disent-ils, détruisent des récoltes et mettent en danger de nombreux villages.

Enfin, à l’occasion de la COP, les organisations écologiques ont réclamé des sanctions commerciales contre le Mexique en raison de son incapacité à stopper la pêche illégale de la vaquita, ou marsouin du Pacifique, qui pourrait disparaître d’ici quelques mois. Il ne resterait apparemment qu’une dizaine de représentants de cette espèce dans son habitat du Golfe de Californie, au nord-ouest des côtes mexicaines, selon les défenseurs de l’environnement. Selon eux, seules des « mesures drastiques » pourraient sauver le marsouin le plus petit du monde. Ils demandent aux Etats d’appliquer des sanctions à l’encontre du Mexique afin de le contraindre à prendre les mesures qui s’imposent pour sauver les vaquitas. « Je pense que les parties (au traité) doivent sanctionner Mexico et interdire le commerce des espèces régulées par la CITES en provenance du Mexique jusqu’à ce qu’ils aient repris le contrôle de la situation« , a déclaré à l’AFP Zak Smith, directeur de la Protection des espèces sauvages à l’ONG américaine Natural Resources Defense Council (NRDC). Surnommée « le panda de mer » en raison des cercles noirs autour de ses yeux, la vaquita a été décimée par les filets maillants utilisés dans le Golfe de Californie pour pêcher une autre espèce également menacée, le totoaba. La vessie natatoire de ce grand poisson argenté est considérée comme un mets de luxe en Chine et peut se négocier jusqu’à 20.000 dollars au marché noir. Des cartels de la drogue mexicains ont mis la main sur le trafic de cette « cocaïne de la mer » et contrôlent la contrebande avec des équipes de pêcheurs armés. Les autorités mexicaines affirment faire tout ce qu’elles peuvent pour
sauver la vaquita. « Je ne crois pas qu’une solution simple comme sanctionner le Mexique va aider les vaquitas« , a déclaré Hesiquio Benitez Diaz, directeur général de la Coopération internationale du Mexique, en marge de la réunion de la CITES. En 2015, le gouvernement mexicain a interdit la pêche dans une zone de 1.300 km2 au large de la ville de San Felipe, mais n’a pas été capable de maîtriser la pêche illégale endémique. « La situation créée par le crime organisé dans la région (…) dépasse les capacités de nombre de gouvernements« , a souligné M. Diaz, ajoutant que « ces gens sont mieux armés que nos forces de l’ordre« . Les ONG répondent que si le Mexique voulait vraiment agir, il pourrait facilement patrouiller la zone où vivent les vaquitas. C’est « plus petit que la ville de Los Angeles« , a affirmé M. Smith. Le Mexique prône une approche « plus créative« . Il a demandé à la CITES de pouvoir créer des fermes d’élevage de totoaba afin de répondre à la demande de vessies natatoires et de faire chuter les prix pour dissuader la contrebande. Les défenseurs de l’environnement pensent au contraire que l’ouverture d’un marché légal permettrait aux contrebandiers de « blanchir » leur pêche. Et ils soulignent que cela ne résoudrait pas le problème à court terme car les acheteurs recherchent des vessies de grande taille, ce qui prendrait au moins 5 ans dans les fermes d’élevage. « D’ici là, il sera trop tard pour sauver les vaquitas« , a déclaré à l’AFP Alejandro Olivera, qui travaille pour le Centre de la diversité biologique au Mexique. Le marsouin du Pacifique pourrait devenir la première espèce ultra-protégée à disparaître depuis l’adoption de la CITES il y a 40 ans. « Ce serait une tragédie« , a estimé M. Smith.

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