COP 25… « Green deal européen »… Où est passée la biodiversité ? (3 mn 30)

Photo © Wolfgang Vogt de Pixabay

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Océans, agriculture, forêts… En marge des négociations sur le climat, la biodiversité s’est fait une petite place à la COP25. Mais faire le lien entre protection de la nature et lutte contre le réchauffement climatique n’est pas toujours évident. Quant au « Green deal » de la nouvelle commission européenne, il a carrément zappé la biodiversité.

2020 sera cruciale : les pays présenteront leurs nouveaux engagements pour limiter le réchauffement climatique, avant la COP26 climat à Glasgow en fin d’année. Parallèlement, ils fixeront de nouveaux objectifs pour protéger la nature sur la prochaine décennie lors la COP15 biodiversité en Chine. Les conventions de l’ONU sur le climat et la biodiversité sont nées en 1992 au sommet de la Terre à Rio et fonctionnent en parallèle. Mais à Madrid, la 25e conférence climat de l’ONU a consacré des conférences ou des tables-rondes à la biodiversité. Le Chili, qui présidait cette COP, a mis l’accent sur les océans. « Nous ne pouvons pas aborder les problèmes globaux en silos, il faut chercher des synergies », fait valoir Andres Landerreche, coordinateur de la présidence chilienne, à l’AFP. « C’est la première fois qu’il y a autant d’événements officiels liés à la biodiversité, estime Alexandra Deprez, chercheuse à l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), qui suit les négociations climat depuis 2014. Pour autant, le sujet reste encore en coulisse », complète-t-elle. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

« Les effets du changement climatique augmentent la crise de la biodiversité », souligne Grethel Aguilar, directrice générale par intérim de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), dont la Liste rouge comptabilise 30% d’espèces animales et végétales en danger. Parallèlement, la nature offre des solutions pour lutter contre le réchauffement climatique, souligne Mme Aguilar. Les scientifiques ont conscience des enjeux partagés. Les experts de l’ONU sur le climat (GIEC) ont réalisé des rapports spéciaux sur les terres et les océans, tandis que leurs homologues pour la biodiversité (IPBES) soulignent les impacts du changement climatique.

La biodiversité est-elle pour autant dans le radar des négociateurs pour le climat?  « C’est limité aux pays champions », comme la France, la Chine, le Costa Rica ou la Nouvelle Zélande, estime Lola Vallejo, directrice du programme climat de l’IDDRI. « Il y a un apprentissage mutuel », estime Gilles Kleitz, de l’Agence française du développement (AFD). A Madrid, un des points de rencontre réside dans « les solutions fondées sur la nature » ou l’idée que s’inspirer de la nature peut mieux protéger des conséquences du changement climatique que certaines solutions technologiques et d’ingénierie parfois dommageables pour les écosystèmes. Il faut toutefois veiller à ce que la mise en œuvre de telles solutions ne soient pas une excuse pour baisser les ambitions des pays en matière de réductions des émissions de gaz à effet de serre, avertit Karin Zaunberger, de la direction générale de l’environnement à la Commission européenne. « Il faut être ambitieux, non conventionnel, travailler ensemble », insiste-t-elle. Planter des arbres pour capter du CO2, par exemple, n’exempte pas de réduire les émissions. Et si les essences sont mal choisies, elles peuvent perturber un écosystème.

De la même façon, l’annonce par la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen du contenu de son « Green deal » européen a laissé sur leur faim les associations de protection de la nature. Très vague, ce nouveau plan n’apporte pas encore la législation dont la nature a vraiment besoin : un ensemble de mesures que les Etats membres sont dans l’obligation de suivre. Elle oublie de citer les écosystèmes dégradés, outre les forêts et les cours d’eau, qui doivent être restaurés afin de préserver efficacement la biodiversité en Europe. La Commission ne propose aucune innovation dans sa stratégie pour les forêts. Augmenter la plantation forestière afin de renforcer la biomasse et produire de l’énergie ne résoudra pas le déclin de la biodiversité et ne relèvera pas les défis climatiques, et pourrait même les exacerber.

Pour Ariel Brunner, responsable de BirdLife Europe, « ce Green Deal européen est censé être un pas en avant, mais il ne va pas bien loin en ce qui concerne le déclin de la biodiversité. Il exprime un vague engagement pour la restauration de la nature à travers l’idée d’une succession d’exploitations et de reforestations, principalement encouragée par les lobbies forestiers. Les changements proposés en matière d’agriculture sont mineurs, et bien qu’ils tendent vers une réduction des pesticides, ils restent loin des réformes nécessaires à la Politique Agricole Commune (PAC). Enfin, il y a un grand manque de clarté dans les propositions relatives à la surconsommation des ressources alimentaires en Europe. La Commission devra faire beaucoup mieux dans les mois à venir si elle veut donner à l’Europe les moyens de sortir de la crise écologique qui nous menace tous. »

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