Au Brésil, «les prémices d’une apocalypse » (2 min)

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Treize représentants de peuples indigènes de différents continents, membres de « l’Alliance des gardiens de Mère Nature », ont vivement dénoncé les « agressions » du président Jair Bolsonaro contre la nature et les peuples du Brésil, « mettant en danger leur vie » et l’écosystème, affirment-ils. Greenpeace, de son côté, a aussi brossé un bilan environnemental négatif de ses 100 premiers jours de présidence.

Dans une tribune parue dans le quotidien français Le Monde daté de jeudi 11 avril, treize représentants de peuples indigènes de différents continents (dont trois du Brésil), membres de « l’Alliance des gardiens de Mère Nature », en ont appelé à la communauté internationale pour faire échec aux projets du chef de l’État brésilien, qui a pris ses fonctions début janvier. « Depuis cent jours, nous vivons les prémices d’une apocalypse, dont les peuples indigènes sont les premières victimes», écrivent-ils. Transfert au ministère de l’Agriculture « qui défend l’agrobusiness» de compétences foncières jusqu’alors dévolues à la Fondation nationale de l’Indien, autorisation de 86 nouveaux pesticides en deux mois, menaces d’expulsion pesant sur les organisations soutenant les indigènes, décret pour « livrer les terres indigènes à l’industrie minière qui ne laisse que mort et destruction sur son passage»… Les signataires énumèrent, dans une « liste non exhaustive», « les agressions que les peuples indigènes du Brésil ont eu à subir pendant ces cent terribles premiers jours, marqués par une augmentation significative de la déforestation». « Ce gouvernement veut s’accaparer toute l’Amazonie, la saigner encore davantage en construisant de nouvelles routes et des voies ferroviaires », écrivent-ils, soulignant combien l’Amazonie est vitale pour l’humanité. Les caciques brésiliens et leurs pairs du Chili, du Mexique, d’Afrique, du Pacifique ou d’Asie appellent à « sanctuariser les forêts primaires » et à passer à « une énergie 100% propre et renouvelable». Ils « exigent» l’interdiction de « toute nouvelle exploration et exploitation de pétrole, sables bitumeux, gaz et pétrole de schiste (notamment par fracturation hydraulique), de charbon, d’uranium, de gaz naturel». L’Alliance qui, depuis son assemblée constituante en 2015 à Paris, appelle à « ne pas considérer la nature comme une propriété mais comme un sujet de droit», juge « urgent que le monde adopte une déclaration universelle des droits de la Terre Mère», mais aussi que les États appliquent la convention 169 de l’Organisation internationale du travail qui «garantit à tous les peuples indigènes une consultation libre » sur les sujets les concernant. Les signataires pressent aussi l’Union européenne, le deuxième partenaire commercial du Brésil, de « mettre en place une traçabilité irréprochable » des produits importés qui ne soient pas liés à des destructions de forêts, des accaparements de terres, des violations des droits des peuples indigènes, des droits de l’Homme ni « des droits de la Terre Mère». Ils s’adressent enfin aux citoyens européens pour les encourager à « une exigence sans faille sur leur consommation» et une « opposition de principe» à un accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, le Marché commun sud-américain (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay). Les peuples autochtones comptent plus de 370 millions de personnes réparties dans plus de 70 pays, selon l’Alliance.

Dans un communiqué publié le 12 avril, l’association Greenpeace a également célébré le « 100èjour de deuil pour l’environnement » associé à la présidence de Bolsonaro. Fustigeant la nomination de l’avocat d’affaires Ricardo Salles, « condamné pour fraude administrative au profit de compagnies minières », à la tête du ministère de l’environnement, l’ONG rappelle que le Président a «privé la Fondation nationale de l’Indien (FUNAI) de sa responsabilité de délimiter les territoires indigènes, la transférant au ministère de l’Agriculture », et que ces derniers seraient ouverts à l’exploitation minière, agricole et forestière. « Il a par exemple proposé à Donald Trump un partenariat pour explorer l’Amazonie. Cela serait non seulement illégal mais, en outre, irait à l’encontre de la souveraineté du Brésil puisque les zones protégées et les terres indigènes, qui appartiennent aujourd’hui à l’État, pourraient tomber aux mains d’une poignée d’entreprises étrangères.» Sur la question des pesticides, Greenpeace avance, elle, le chiffre de 121 nouvelles substances chimiques qui pourront être utilisées au Brésil, dont 41% « sont classées comme très toxiques ou extrêmement toxiques.» Servant aux cultures de maïs ou de soja, utilisées pour l’alimentation du bétail dans le monde entier, certains de ces pesticides « pourraient bien se retrouver directement ou indirectement dans nos assiettes », conclut l’association.