Les rivières intermittentes américaines en passe de perdre leur protection juridique (1 min 30)

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Une tribune publiée par des scientifiques alerte la communauté internationale sur l’imminence d’une décision de l’Agence américaine de protection de l’environnement d’exclure les rivières intermittentes de la Loi de protection sur l’eau.

« Afin de protéger la santé écologique des rivières, il faut maintenir intact les flots depuis leurs aires de source jusqu’aux eaux navigables de l’aval. Pourtant l’Agence américaine de protection de l’environnement américaine projette de rescinder la protection légale des affluents, ruisseaux et zones humides qui ne possèdent pas de flots annuels (les rivières intermittentes)… » Ainsi débute une tribune en anglais publiée dans la revue Science par 17 chercheurs internationaux, dont Thibault Datry, écologue à l’Irstea (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture), le 31 août dernier. Les rivières intermittentes, qui s’assèchent une partie de l’année en raison de processus hydrologiques, climatiques ou hydrogéologiques naturels, mais aussi en réponse au changement climatique, à l’augmentation des prélèvements en eau ou aux changements dans l’utilisation des terres, représentent la moitié des cours d’eau dans le monde. « Elles abritent une communauté végétale et animale spécifique cruciale pour la préservation de la biodiversité et l’action pour atténuer le changement climatique », indique l’Irstea dans un communiqué. Pourtant, elles sont peu étudiées et prises en compte dans les politiques de l’eau, que ce soit au niveau régional, national ou international. La décision imminente de l’Agence américaine de protection de l’environnement (USEPA) de les exclure de la Loi de protection sur l’eau en est un exemple inquiétant, selon les chercheurs. Ces derniers rappellent que les rivières intermittentes sont de plus nombreuses sur le globe, certains des plus grands fleuves du monde s’arrêtant désormais de couler à différents moments de l’année. Ainsi le Fleuve Jaune en Chine, le Mékong en Asie du Sud-Est, ou encore le Nil en Afrique ne rejoignent-ils plus l’océan toute l’année. Aux États-Unis, le Colorado termine sa course dans un delta de sable. « Face au changement climatique et à l’augmentation de la demande en eau, les cours d’eau intermittents pourraient dominer le paysage dans certaines régions du monde, souligne l’Irstea. Aux États-Unis, ils représentent 59% du linéaire de cours d’eau et 50% au niveau mondial. » Dans leur tribune, les chercheurs demandent à l’USEPA de maintenir sa décision de 2015, qui intégrait les cours d’eau intermittents dans la définition des « Waters of the U.S » (WOTUS), et de ratifier le statut juridique et la protection de ces eaux intermittentes. « Les oublier, c’est laisser faire d’éventuelles pollutions sur ces cours d’eau, qui vont atteindre le réseau hydrographique avec lequel ils sont connectés par intermittence, indique Thibault Datry. Cela causerait également des dommages coûteux et potentiellement irréversibles. »

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