L’actualisation complète de la liste rouge de l’UICN des espèces en danger a été présentée mardi 5 décembre à Tokyo. Reptiles, mammifères et végétaux font les frais des activités humaines et du réchauffement climatique.
Le gecko de Christmas Island (Lepidodactylus listeri), et deux autres espèces de lézards, le scinque à queue bleue (Cryptoblepharus egeriae) et le scinque de Christmas Island (Emoia nativitatis) ont été déclassés de la catégorie d’espèces « en danger critique » à celle de d’espèces « éteintes à l’état sauvage » de la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). La raison de ces extinctions demeure pour l’instant « une énigme » selon John Zichy-Woinarski, professeur au département de biologie de l’université Charles-Darwin, située à Darwin (nord de l’Australie), cité dans le communiqué de presse de l’UICN. La population reptilienne de Christmas Island, située au sud de l’île indonésienne de Java, a décliné fortement depuis les années 1970, selon l’UICN. Des chercheurs suspectent un serpent prédateur introduit sur l’île au milieu des années 1980, ainsi qu’une maladie et des changements de l’écosystème local liés à l’irruption de la fourmi invasive Anoplopepis gracilipes, surnommée la « fourmi folle jaune », d’avoir accéléré la chute de la population de ces reptiles, mais sans en avoir la certitude. Des populations captives de geckos de Chrismas Island et de scinques à queue bleue existent, grâce à des programmes de conservation. En revanche, un programme similaire pour le scinque de Christmas Island, Emoia nativitatis, a échoué en 2013 et cette espèce a désormais complètement disparu, selon l’UICN.
Les populations de reptiles du Japon se réduisent également comme peau de chagrin. « Un tiers des 46 serpents et lézards endémiques du Japon évalués pour la Liste rouge de l’UICN sont classés comme menacés, indique l’UICN dans son communiqué. Leurs populations sont peu nombreuses et fragmentées, ce qui accroît leur vulnérabilité aux modifications des habitats. » Opisthotropis kikuzatoi, le serpent le plus rare du Japon, endémique de l’île de Kumejima et en « danger critique » d’extinction, a souffert de la prédation par la Grenouille-taureau, une espèce envahissante, et du putois du Japon, une espèce introduite. Pollution, destruction d’habitats et urbanisation constituent d’autres facteurs portant atteinte à la biodiversité nippone. Ce dernier facteur, combiné à l’agriculture non durable sont d’ailleurs les deux principales menaces mondiales aux espèces végétales sauvages apparentées aux plantes cultivées. Ainsi, sur 26 espèces de blé sauvage évaluées pour la Liste rouge de l’UICN, deux sont menacées, tandis que trois espèces de riz sauvage sur 25 et 17 espèces d’igname sauvage sur 44 évaluées sont en déclin ; un constat qui devrait s’aggraver avec les changements climatiques. « La diversité génétique issue des espèces sauvages apparentées nous permettra de mettre au point des cultures plus résilientes vis-à-vis du changement climatique, contribuant ainsi à la sécurité alimentaire au niveau mondial, a souligné Nigel Maxted, co-président du Groupe de spécialistes des espèces sauvages apparentées de la Commission de la sauvegarde des espèces (CSE) de l’UICN. Si nous ignorons le sort de ces espèces, c’est à nos risques et périls ».
L’UICN a aussi alerté dans son rapport sur un marsupial d’Australie, le possum à queue en anneau (Pseudocheirus occidentalis), dont le statut sur sa liste rouge est passé de « vulnérable » à espèce « en danger critique ». La population de cette espèce a chuté de 80% ces dix dernières années, en raison du réchauffement climatique et de la sécheresse. Du côté des espèces aquatiques, ce sont le Dauphin de l’Irrawaddy (Orcaella brevirostris) et le Marsouin aptère (Neophocaena asiaeorientalis) qui pâtissent de la pêche non durable et de l’emmêlement dans les filets : leurs effectifs ont diminué de moitié en quelques décennies, et leur statut passe de « Vunérable » à « En danger ». L’alliance environnementale avait toutefois aussi des nouvelles encourageantes concernant deux espèces d’oiseaux kiwi de Nouvelle-Zélande, qui grâce à des efforts de conservation (lutte contre les prédateurs, collecte et incubation des œufs pour les relâcher ensuite dans la nature) ont pu être retirées de la catégorie des espèces menacées, tout en restant « vulnérables » à la destruction de leurs habitats et la prédation par des mammifères introduits.


