Insectes : une « mort par mille coupures »

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De plus en en plus d’études scientifiques sur le déclin des insectes attirent l’attention des médias. D’après des recherches regroupées dans un numéro spécial de la revue Américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), le déclin de l’abondance des insectes est d’en moyenne 1 à 2 % par an.

Impossible de passer à côté de la controverse scientifique autour du déclin des insectes. En avril 2020, la revue Science publiait une vaste méta-analyse sur le sujet, affirmant que leurs populations ne diminuaient pas autant que ce que l’on craignait. Celle-ci a depuis suscité beaucoup de critiques de la communauté scientifique, notamment parce que les résultats sont contradictoires avec la majorité des études sur les insectes. Début 2021, une collection de 11 articles scientifiques a été publiée dans la revue Américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), dans laquelle le déclin des insectes a une nouvelle fois été passée au peigne fin. La série d’articles éditée par David Wagner, entomologiste de l’Université du Connecticut comprend les analyses de 56 chercheurs.

Ils ont examiné le déclin des insectes d’un point de vue géographique, écologique, sociologique et taxonomique. Il ressort de cette publication que leur diminution en abondance est estimée à environ 1 à 2 % par an, ou 10 à 20% par décennie. Ces pertes sont observées sur presque tous les continents, même dans les zones bien protégées. Ce déclin est précipité par des pressions climatiques et anthropiques telles que l’explosion démographique, le changement climatique et la pollution.

Dans l’article, intitulé « Insect decline in the Anthropocene: Death by a thousand cuts » (Le déclin des insectes à l’Anthropocène : une par mille coupures), Wagner et ses co-auteurs abordent les causes probables du déclin des insectes. Les principales menaces pesant sur les différentes espèces sont, d’après eux, les changements dans l’utilisation des terres (en particulier la déforestation), l’agriculture, le changement climatique, la nitrification, la pollution et les espèces introduites. Cependant, l’importance de chaque facteur et la manière dont ils interagissent laissent encore les scientifiques perplexes.

Les chercheurs illustrent leurs analyses avec de nombreux cas concrets. Par exemple, en Europe, les populations de papillons font face à des défis sans précédents. Au Royaume-Uni, le nombre de papillons a diminué d’environ 50 % au cours des 50 dernières années, 8 % des espèces résidentes connues étant considérées comme éteintes. Aux Pays-Bas, plus de 20 % des espèces de papillons ont disparu, ainsi que 29 % en Belgique. Les chercheurs suggèrent que la perte d’habitat, sa dégradation, et la pollution chimique en sont les causes principales.

Une autre étude parue dans la revue One Earth constate un déclin similaire des populations d’abeilles sauvages. Le nombre d’espèces recensées chaque année dans les données du Global Biodiversity Information Facility (GBIF) – un réseau mondial financé par les gouvernements qui fournit des données en libre accès sur la biodiversité – a diminué d’environ 25% depuis les années 1990. C’est donc le quart des espèces mondiales qui n’ont pas été observées entre 2006 et 2015. Les scientifiques précisent que cela ne signifie pas nécessairement que ces espèces ont disparu mais que certaines sont peut-être devenues si rares qu’elles ne sont plus régulièrement observées dans la nature.

L’Académie des Sciences a publié le 26 janvier son avis quant à la situation inquiétante des insectes : « l’érosion de la biodiversité des Insectes, de plus en plus décrite et analysée dans les travaux scientifiques, représente une grave menace pour nos sociétés.« . Elle relève quatre causes principales du déclin qui ont été documenté depuis plusieurs décennies dans différents travaux scientifiques :la très forte conversion des milieux terrestres, avec notamment la supression ou la fragmentation des forêts naturelles, des zones humides et des milieux herbacés ; l’usage croissant et non ciblé de pesticides à haute toxicité (notamment néonicotinoïdes) ;  les effets divers et complexes du dérèglement climatique et l’introduction de très nombreuses espèces exotiques envahissantes. L’Académie des sciences recommande alors de prendre urgemment les mesures suivantes :

  •  le lancement de programmes de suivi des Insectes dans différents écosystèmes permettant de préciser l’évolution à long terme des populations, ceci à l’aide de nouvelles technologies et en référence aux collections muséales ;
  • une réduction significative de l’usage des pesticides pour conduire à terme à leur remplacement intégral par d’autres méthodes de lutte, par exemple celles fondées sur l’agro-écologie ;
  • la limitation de la conversion des milieux, non seulement en préservant et en restaurant la complexité des habitats naturels mais aussi en restreignant le développement de nouveaux élevages ou de nouvelles cultures (par exemple certains sojas) qui contribuent à la conversion ;
  • la lutte contre le dérèglement climatique et contre les espèces exotiques envahissantes ;
  • la revalorisation de l’image et de l’importance des insectes au bénéfice de la Nature et de l’Humanité à travers l’engagement indispensable de la société civile.

Consulter l’étude sur le déclin des insectes publiée dans PNAS

Consulter l’étude sur le recensement des abeilles sauvages

Lire l’avis de l’Académie des Sciences