L’exploitation minière en eaux profondes menace la biodiversité (et les médicaments du futur)

Photo d'illustration ©greenpeace capture d'écran

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Greenpeace international révèle qui se trouve derrière l’industrie controversée de l’extraction minière en mer profonde, qui en bénéficiera, et les risques encourus par la biodiversité marine.

Les scientifiques ont prévenu que l’exploitation minière en haute mer pourrait entraîner des dommages irréparables à nos océans. Pourtant, les gouvernements réfléchissent à ouvrir une nouvelle frontière pour cette industrie. Une zone de la taille de la France et de l’Allemagne réunies a déjà été ouverte à l’exploration minière en eaux profondes. 30 contrats d’exploration en vue d’une exploitation couvrant plus d’un million de kilomètres carrés des fonds sous-marins internationaux ont été accordés par l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM). Greenpeace international a tenté de comprendre ce qui poussait les gouvernements à autoriser l’exploitation minière. Dans un nouveau rapport, l’ONG révèle qui se trouve derrière cette industrie controversée. Le document montre qui bénéficiera de cette industrie et qui sera exposé à des risques.

Les experts ayant travaillé sur le sujet ont observé un intérêt grandissant de l’exploitation minière en eaux profondes malgré de sérieuses réserves sur le plan environnemental et économique. Les sociétés d’exploitation affirment que leur donner accès aux fonds sous-marins profiterait aux nations les plus pauvres et aux générations futures. Alors que cette industrie se développe et que les gouvernements négocient les règles d’ouverture des fonds sous-marins à l’exploitation commercial, Greenpeace relève qu’il est de plus en plus évident que « l’exploitation minière en eaux profondes amplifierait les inégalités et les dommages environnementaux des industries extractives précédentes si on lui permettait de démarrer. »

L’enquête montre comment l’exploration minière des grands fonds marins considérés comme un bien commun mondial a été monopolisée par un petit nombre de sociétés ayant leur siège dans les pays du nord et travaillant par le biais de filiales, de partenaires et des sous-traitants, dans un effort pour maintenir l’illusion que l’exploitation minière en haute mer représente un bénéfice pour l’humanité. Le rapport souligne que pendant ce temps, les pays -majoritairement du sud – sponsorisant les contrats d’exploration de ces entreprises sont exposés à des responsabilités et des risques importants en raison des structures opaques et complexes de leurs entrepreneurs privés étrangers.

Le document montre entre autres qu’il est de plus en plus évident que l’ouverture des fonds marins internationaux à l’exploitation minière commerciale aidera seulement les riches à s’enrichir tout en aggravant les inégalités internationales en matière de dommages environnementaux. Il est précisé que cette industrie est également loin de respecter les principes de gestion du « patrimoine commun de l’humanité » et de protection de l’environnement marin que les gouvernements ont adopté en 1982.

À l’occasion de la sortie de ce rapport, Greenpeace International a publié un article expliquant que les profondeurs de l’océan pouvaient également cacher des composés précieux pour faire avancer la science. L’ONG explique que malgré un environnement peu propice à la vie (températures glaciales, pressions écrasantes et absences de lumière du soleil), nombre d’organismes avaient trouvé un moyen de s’épanouir dans les fonds sous-marins, suscitant ainsi des questionnements quant à la génétique ayant pourvu ces animaux des capacités à faire face à des conditions aussi extrêmes. Greenpeace préconise alors que pour aider au développement des médicaments du futur, les Nations unies doivent garantir l’intégrité des écosystèmes des grands fonds marins et de leurs ressources génétiques avant qu’ils ne soient irrémédiablement affectés par des activités humaines telles que l’exploitation minière.

On trouve dans les profondeurs des océans des métaux de terres rares et des minéraux de grande valeur qui sont envahis par des communautés biologiques entières. Ainsi, l’ONG explique que l’exploitation minière envisagée par les industries et gouvernement se fera au détriment des écosystèmes des grands fonds marins. Les experts s’accordent sur le fait que « l’exploitation minière détruira complètement les communautés [biologiques] dans les zones directement exploitées et sur une superficie nettement plus grande… et il n’y a aucun moyen d’éliminer cela ».

Greenpeace affirme que la valeur biotechnologique potentielle des fonds marins excéderait ainsi les revenus liés à leur exploitation minière. « Le nombre de composés potentiels obtenus à partir d’organismes marins dépasse aujourd’hui les 28 000, et des centaines d’autres sont découverts chaque année. Selon le dernier rapport mondial sur l’industrie des biotechnologies marines, ce domaine représentera un marché mondial de 5,4 milliards de dollars d’ici 2027. En mars 2020, le rapport Ocean a déclaré que « le marché mondial de la biotechnologie est estimé à 741 milliards de dollars d’ici 2026 », ce qui est assez élevé comparé à la taille prévue du marché de l’exploitation des fonds marins, qui est estimée à 7 milliards de dollars. ».

En 2017 des scientifiques ont découvert la preuve qu’une bactérie a évolué pour vivre dans l’intestin des concombres de mer. En échange d’un abri, la bactérie offre une protection contre les virus contenus dans les sédiments que mangent ces espèces. Le mécanisme que ces bactéries utilisent pour protéger leur hôte repose sur un ensemble de molécules qui recherchent et détruisent leurs virus envahissants, tout en conservant une partie de leur code génétique. L’étude de ce mécanisme a donné naissance à la technique du « ciseau génétique », une technologie aujourd’hui utilisée pour traiter les maladies génétiques, pour lutter contre les cancers et améliorer les procédés industriels. Ces découvertes prouvent qu’un écosystème sous-marin préservé représente le meilleur bénéfice pour l’humanité. Greenpeace souligne que la recherche et la prospection de ces outils biotechnologiques « ne font que commencer et nous pouvons en découvrir beaucoup d’autres dans les profondeurs insondables de l’océan qui peuvent aider l’humanité à faire face aux défis actuels et futurs »

Lire le rapport de Greepeance International 

Lire l’article sur la biotechnologie