Par Jean-Philippe Grillet – Enracinées dans la terre, pour la plupart d’entre elles, les plantes sont pourtant de grandes voyageuses. Le vent, l’eau, les animaux leur permettent de construire de nouveaux paysages, souvent loin de leur lieu d’origine. Les humains, nés bien après les plantes, ont fortement contribué à leurs errances. Les dix-neuf auteurs de ce livre – anthropologues, historiens, botaniste et ethnobotanistes, photographe, sociologue, paysagiste – ont choisi quatre plantes pour raconter cette grande migration : le cédratier, un des agrumes les plus anciennement cultivés sur le pourtour méditerranéen pour les divers citrons qu’il produit ; le cacaoyer qui nous offrit le chocolat ; le pélargonium, plus souvent nommé géranium, et désormais un élément essentiel de la décoration de nos villes, villages et maisons ; l’hévéa qui a donné naissance au caoutchouc. Originaires de l’Amérique tropicale, ainsi que du sud de l’Asie et de l’Afrique, ces plantes furent convoitées, notamment par l‘Europe, pour la cuisine, la parfumerie, la construction, l’industrie, la teinture et la décoration, ou pour la préparation des remèdes et pour les rituels religieux. Une convoitise qui conduisit à de nombreux affrontements et à de l’esclavagisme durant des siècles. Les plantes prospèrent alors et les humains souffrent sur d’immenses territoires. La beauté et la diversité des très nombreuses illustrations enrichissent un texte passionnant. Que l’écriture, hélas trop petite, de celui-ci et, pire encore, des légendes, ne vous retienne pas de vous immerger dans cette odyssée captivante.
Jean-Philippe Grillet
La grande migration des plantes et des humains, sous la direction d’Émilie Stoll et de Romain Simenel, Delachaux et Niestlé et Muséum national d’histoire naturelle, 2024, 256 pages, 32,90 €


