Lettre au dernier grand pingouin

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Lire est un bonheur. Lire ce livre est une urgence.

Du premier au dernier mot si, comme il est probable, vous vous laissez prendre par cette prose intelligente, drôle, sensible. Vous lirez aussi (ou même relirez) en picorant ici et là parmi l’ensemble de textes courts qui composent cette adresse à un oiseau qui n’est ni beau ni célèbre et qui a disparu depuis plus de 150 ans. Car c’est bien de cela qu’il s’agit pour cet auteur, journaliste et enquêteur : raconter la disparition, en 1844, de ce Grand Pingouin et lui raconter notre monde, nos émerveillements face à sa richesse et sa beauté, nos folies destructrices par égoïsme, ignorance, cynisme.

lettre-au-dernier-grand-pingouinLettre au dernier grand pingouin
Jean-Luc Porquet
Editions Verticales
221 pages
19,50 €

Cet oiseau vivait dans l’Atlantique nord, entre les côtes du Canada et des Etats-Unis et celles de l’Europe. Excellent plongeur, se nourrissant de poissons, il passait 10 mois par an en mer et ne rejoignait la terre que pour se reproduire, formant alors d’immenses colonies. Mesurant 75 à 85 cm de haut et pesant 5kg, il ne volait pas – ses ailes ne mesuraient que 15 cm de long – et se révélait très malhabile à terre. Durant des milliers d’années, il a été chassé par l’homme. Le dernier couple de Grand Pingouin a été tué sur l’île d’Eldey, au sud-ouest de l’Islande, et vendu à des collectionneurs….

« Quand je convoque ton souvenir, quand m’apparaît ton image, c’est toujours en train de plonger dans les vagues que je te vois, dans des fracas d’éclaboussures (…). Tu défiais les houles, te jouais des courants, filais à des vitesses inouïes, tu vivais à la crête de l’instant, comme tous les animaux pleinement présents dans le présent de l’instant. »

Effaré par le comportement des humains, émerveillé par cet oiseau marin, l’auteur noue un dialogue avec lui, imagine ce qu’il a vécu, ce qu’il pense de nous et parcourt pour ce faire le temps et l’espace, tantôt avec humour et légèreté, tantôt avec gravité et tristesse, toujours avec une acuité de regard et de pensée qui prend le lecteur comme peu de livres savent le faire.

Au point, pour clore ce texte magnifique, de convoquer Leonard Cohen et sa chanson Tonight will be fine pour croire « qu’aujourd’hui en ce monde quelque chose résiste (…), s’invente et se réinvente. »