Par Eve S. Philomène
Partir seule
Au terme d’un périple de neuf jours, Gabriel et moi arrivons à Karasjok. Cette petite ville se trouve à quelques kilomètres à l’ouest de la frontière entre Norvège et Finlande. Les dernières heures de ski ont été assez monotones, sur une large rivière gelée dont nous comptions les méandres qui nous séparaient encore de notre hébergement.
Après huit nuits dans le froid (même dans les cabanes, avec le feu, nous n’avons guère connu de températures au-dessus de zéro), voilà que la perspective d’une douche chaude et d’un vrai lit m’enchante. J’ai réservé pour l’occasion un Airbnb, petit appartement chaleureux appartenant à un couple de Samis. La dame, qui habite le reste de la maison, s’occupe de la location toute récente et le monsieur tient un refuge sur le plateau du Finnmark, accessible seulement à skis ou en motoneige. Dans la cave, près de la machine à laver, je remarque des bottes en fourrure de renne, avec le bout recourbé vers le haut. On dirait des chaussures de lutin, taille 46.
Cette pause en ville me fait l’effet d’une bulle de douceur ; la fatigue s’empare de moi, j’ai faim et je me délecte de poisson cru, d’une pomme, de chips, de pain, de chocolat et de café. Nous faisons sécher nos affaires qui dégèlent dans le salon, étalées un peu partout. Par le plus grand des hasards, j’ai trouvé dans une cabane finlandaise un exemplaire des Furtifs, d’Alain Damasio. Je l’ai déjà lu, mais quel réconfort de le relire ici. Je l’ai échangé avec Trois saisons d’orage, de Cécile Coulon, que je venais de terminer, pour les futurs francophones en visite.
Demain, Gabriel prend un bus très tôt, direction Alta puis les Alpes de Lyngen, pour rejoindre un groupe d’amis arrivant en minibus depuis la France. Ils vont faire du ski de randonnée en étoile autour d’un gîte.
De mon côté, je repars seule, en direction d’Alta. Je vais traverser le plateau du Finnmark sur environ 90 kilomètres. Cette fois, pas de cabanes non gardées, mais trois refuges gardés éparpillés sur le parcours. Je les réserve à une éventuelle tempête, et prévois surtout de dormir sous la tente. La météo s’annonce très moyenne et les températures devraient remonter pendant la semaine. Mon hôte m’a rassurée : le chemin est balisé par des piquets et parcouru par des éleveurs de rennes en motoneige ou des skieurs avec pulka. C’est moins sauvage que du côté finlandais, et ça me va bien !
Le lendemain, un bus m’avance de quelques kilomètres jusqu’au départ de la traversée, son chauffeur descend pour m’aider à sortir la pulka de la soute et me lance : God bless you! C’est déjà la mi-journée, le soleil brille et réchauffe la neige, j’ai quatorze kilomètres à faire, c’est parti !
Eve S. Philomène
Me trouver en ligne :
Eve S. Philomène sur Youtube
@evesphilomene sur Instagram
alizane-montagne.fr pour les sorties et séjours en montagne


