Indonésie: la déforestation s’est amplifiée dans le pays en 2024

© Robert Jones from Pixabay

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La déforestation en Indonésie, pour faciliter l’exploitation minière ou de l’huile de palme, s’est accrue en 2024, a indiqué vendredi une ONG indonésienne qui a analysé des images satellites et mené une enquête de terrain.

Selon Auriga Nusantara, 261.575 hectares de forêts primaires et secondaires ont été déboisés en 2024 en Indonésie, soit 4.000 hectares de plus qu’en 2023.

L’Indonésie fait partie des pays qui abattent le plus de forêts au monde, au profit du commerce du bois, des plantations d’huile de palme et de l’extraction minière.

Les forêts indonésiennes restantes abritent une biodiversité extrêmement riche et constituent des habitats essentiels pour nombre d’espèces menacées, ainsi que d’importants puits de carbone.

Selon l’ONG, la déforestation a augmenté en Indonésie pour la troisième année consécutive et concerne principalement des zones mises à disposition par le gouvernement pour être exploitées.

« C’est inquiétant car cela démontre une progression de la déforestation légale », souligne Timer Manurung, son président.

Ce dernier alerte sur la nécessité de protéger « de toute urgence » les forêts de Kalimantan, sur l’île de Bornéo, où les pertes les plus importantes ont été enregistrées. Il appelle le président indonésien Prabowo Subianto à protéger les forêts du pays.

Ce rapport est publié alors que le gouvernement indonésien a annoncé en janvier vouloir utiliser des millions d’hectares de zones forestières pour les transformer en réserves de nourriture, d’énergie et d’eau.

Le président Prabowo Subianto, qui a succédé en octobre à Joko Widodo, s’est engagé à renforcer l’autosuffisance alimentaire et énergétique du vaste archipel, notamment en augmentant l’utilisation de biocarburants par l’Indonésie afin de réduire les importations de carburant.

« Nous appelons le président Prabowo à prendre un décret présidentiel pour protéger toutes les forêts naturelles restantes », a déclaré M. Timer à l’AFP.

images satellite

Le rapport d’Auriga est basé sur des images satellite, qui ont été analysées pour confirmer la déforestation et ont été suivies de visites sur le terrain, a précisé l’ONG.

Alors que la déforestation touche toutes les provinces indonésiennes, à l’exception de la région autour de Jakarta, les pertes les plus importantes ont été observées dans la région de Kalimantan, la partie indonésienne de Bornéo, île partagée avec la Malaisie.

L’un des facteurs déterminants dans la région a été la désignation d’une zone destinée à la construction de la nouvelle capitale Nusantara, selon le rapport.

Toutefois, la majeure partie de la déforestation est due à l’exploitation du bois, des mines et des plantations d’huile de palme.

Sollicité par l’AFP, Ade Tri Ajikusumah, un responsable du ministère indonésien de l’Environnement et des Forêts, a répondu que les chiffres concernant le recul de la forêt étaient surestimés car ils incluent les changements de plantation dans la déforestation, alors que le gouvernement considère la déforestation uniquement comme une perte permanente de la surface forestière.

Il a ajouté que l’administration actuelle travaille désormais à « maximiser l’utilisation des terres à travers des programmes clés de sécurité alimentaire (…) et l’augmentation de la valeur ajoutée pour une agriculture durable ».

M. Ade a également nié que la nouvelle capitale indonésienne soit construite au coeur d’une forêt vierge, mais sur des terres qui avaient déjà été désignées pour un usage non forestier dans le cadre de concessions accordées à des entreprises.

« La nouvelle capitale ne se trouve pas dans une zone forestière mais sur des terres qui ont déjà été libérées du statut de forêt (…) Il ne s’agit donc pas de déforestation, (ces zones) étaient déjà destinées au développement », a-t-il encore indiqué.

L’ONG tire également la sonnette d’alarme sur la déforestation destinée à la production de biomasse, qui voit la forêt rasée pour y planter des espèces à croissance rapide.

L’Indonésie souhaite en effet stimuler l’utilisation dans l’archipel de l’énergie issue de la biomasse et également accroître ses exportations, notamment vers le Japon et la Corée du Sud.

Selon Auriga, environ 42 millions d’hectares de forêts naturelles indonésiennes ne sont pas protégés par la loi, y compris des millions d’hectares déjà situés dans des concessions.