« L’écologie peut être synonyme d’une relation consentie, humaniste »

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Trois question à Stéphanie Lux, coordinatrice des Rencontres de Fontainebleau.

ANES : Les 30 et 31 août prochains se dérouleront les Rencontres de Fontainebleau, qui célébreront les 70 ans de l’UICN à travers le thème « L’avenir des paysages, nouveaux rapports entre l’humain et la nature ». Quel est le parti-pris derrière la consécration des paysages, plutôt que des habituels « habitats » et « espèces » ?

Stéphanie Lux : Le point important de ces rencontres est le rapport entre l’homme et la nature. Pour moi, c’est quand l’homme regarde la nature qu’elle devient paysage. Bien sûr, les espèces et les habitats sont des sujets incontournables, mais on n’est pas obligé de les aborder d’une façon exclusivement scientifique… Historiquement, Fontainebleau a été la première zone classée au monde à travers les « réserves artistiques de Fontainebleau », créées en 1861 à l’instigation des peintres de Barbizon. Dans le même temps, les pères fondateurs de l’écologie demandaient le classement des paysages du Yosemite et de Yellowstone, aux Etats-Unis… Donc c’est en pleine révolution industrielle que nait une conscience écologique, qui consacre la notion de paysage en valorisant leur beauté ! L’approche était plus artistique, culturelle, spirituelle voire religieuse, que scientifique ou biologique. C’est ces liens-là que les Rencontres proposent de revisiter. Aujourd’hui, en France, l’écologie est souvent subie et synonyme d’interdictions, de taxes, d’augmentation de prix, etc. Or je pense que l’écologie peut être synonyme de tout autre chose : une relation consentie, humaniste. Redécouvrir la beauté et les bienfaits de notre planète est primordial. Ces Rencontres de Fontainebleau célèbrent les 70 ans de l’UICN mais elles sont un évènement prospectif : elles veulent donner des clés de « regard sur la nature » pour le futur.

ANES : Réunifier nature et culture, est-ce que cela revient à placer l’homme au cœur de la protection de l’environnement ?

Stéphanie Lux : Ces rencontres ont lieu à Fontainebleau, berceau de l’UICN, à deux pas de Paris, en Île-de-France, l’une des régions les plus peuplées d’Europe. Certes, une nationale coupe la forêt, mais si cette dernière possède aujourd’hui toujours autant d’espaces et d’espèces remarquables, c’est bien grâce à l’homme… Je cite Nicolas Hulot : « l’homme est la partie pensante de la nature, il lui revient donc d’en prendre soin ». Il y a une responsabilité. Mais tout est en fait plus complexe, et nous gagnerions à comprendre quelque chose de fondamental : l’homme fait partie de la nature, on ne peut pas dissocier l’un de l’autre. La France l’a très tôt compris, car le partenariat France – UICN repose sur l’idée que la conservation de la nature concourt à surmonter les effets du changement climatique, participe à la sécurité alimentaire, ainsi qu’à la sécurité de l’approvisionnement en eau. Le développement humain et la préservation des écosystèmes se nourrissent mutuellement. Les Nations-Unies ont adopté en 2015 les 17 objectifs du développement durable (ODD), une feuille de route qui s’adresse à l’ensemble de l’humanité. L’idée est que l’un de ces objectifs ne doit pas être atteint au détriment des autres. Cela veut dire que les objectifs de protection de la nature doivent à la fois être servis par les autres objectifs – par exemple, de mieux nourrir les populations avec une alimentation durable – et tenir compte de ces autres objectifs – lutte contre la pauvreté, etc. Le fond de l’histoire, c’est que le développement humain et la protection de la nature vont de pair et sont indissociables.

ANES : Aujourd’hui, l’UICN se fait donc l’ambassadrice d’une nature qui a intégré l’homme et ses activités, plutôt qu’une nature  « classée », protégée, comme cette forêt de Fontainebleau qui l’a vue naître en 1948 ?

Stéphanie Lux : Le débat existe au sein de l’UICN, comme dans toute la communauté de la conservation de la nature. Il y a ceux qui pensent que des réserves doivent être fermées, sanctuarisées, et d’autres qui plaident pour des espaces habités, aménagés, accessibles au public, mais toujours avec une vocation de protection des espèces. La réalité est que nous n’avons pas tous le même rapport à la nature. L’UICN est une organisation internationale composée de 1300 membres. Elle prend en considération cette réalité, tient compte de la culture de chacun d’eux, de leur diversité pour conduire ses politiques de conservation de la nature.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Pouchain

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