Un récent rapport du Conseil sur la conservation de la flore et de la faune arctiques dénonce le déclin radical des populations de rennes et d’oiseaux de rivage, reflet des profonds changements qui se produisent dans la toundra arctique.
Marqué par un froid extrême, des périodes de sécheresse marquée, des vents violents et une obscurité saisonnière, l’Arctique terrestre qui s’étend sur environ 7 millions de km2 est un environnement menacé, tout comme les espèces qu’il abrite. Les animaux vivant sur cette terre se sont adaptés à ces conditions de vie difficiles, mais la crise climatique a bouleversé leurs stratégies de survie, selon un récent rapport sur l’état de la biodiversité terrestre de l’Arctique publié par le groupe de travail du Conseil sur la conservation de la flore et de la faune arctiques (CFFA).
Le rapport s’est appuyé sur des décennies de surveillance de la biodiversité circumpolaire pour donner un aperçu des changements qui se produisent dans la région. Il apparaît que l’Arctique devient plus vert et que les arbustes gagnent du terrain et remplacent lentement la mousse et les lichens de la toundra. Le journal britannique The Guardian souligne qu’à la station de recherche de Zackenberg (nord-est du Groenland), les scientifiques ont constaté que d’importantes espèces de mouches pollinisatrices ont diminué de 80 % entre 1996 et 2014, ce qui laisse supposer un décalage induit par le climat entre le moment de la floraison des plantes et l’activité de vol des pollinisateurs. Le document présenté lors du Sommet sur l’Arctique à Reykjavik (Islande), mercredi 19 et jeudi 20 mai, montre que sur les 88 espèces d’oiseaux de rivage ou échassiers examinées, 20 % ont connu des déclins de toutes leurs populations tandis que plus de la moitié avaient au moins une population décroissante. Dans la voie migratoire Asie-Australie orientale, une voie reliant les hautes latitudes à l’océan Pacifique, 88 % des oiseaux de rivage sont en déclin. Il est estimé que ce phénomène est probablement dû à la perte d’habitat dans la région de la mer Jaune, en Asie, où les oiseaux hivernent. Les auteurs pensent également que selon différents scénarios climatiques, 80 % des oiseaux de rivage de l’Extrême-Arctique pourraient également perdre une grande partie de leurs aires de reproduction au cours des 50 prochaines années.
En ce qui concerne les populations de rennes migrateurs, celles de la toundra et de la forêt ont diminué ces dernières années à seulement quelques exceptions près. Le troupeau de Bathurst, qui s’étend des Territoires du Nord-Ouest du Canada au Nunavut, a chuté de 98 % entre 1986 et 2018. La cause en serait la diminution de la disponibilité en nourriture, les épisodes de pluie sur la neige et la présence massive d’insectes qui empêche les ongulés de se nourrir et de prendre suffisamment de poids pour survivre à l’hiver. Le rapport met également en avant que le réchauffement des températures a entraîné l’émergence d’agents pathogènes qui ont eu un effet négatif sur la santé de certains animaux. En 2012, une épidémie d’érysipèle, une infection bactérienne qui affecte la peau, a tué environ 150 bœufs musqués sur l’île Banks dans les Territoires du Nord-Ouest, rapporte le Guardian.


