Des souris, des chats et des hommes (2 mn 30)

Photo d'illustration © klickblick de Pixabay

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Tout comme l’être humain, la souris domestique est répandue sur l’ensemble de la planète, ce qui fait d’elle l’espèce de rongeur la plus invasive.  Son expansion a été accompagnée par celle de son meilleur ennemi, le chat.

Une étude internationale impliquant 8 pays et pilotée par Thomas Cucchi (CNRS/Muséum national d’Histoire naturelle) dévoile comment les activités humaines ont favorisé l’émergence et la diffusion de la souris domestique au cours des derniers 20 000 ans, du Moyen-Orient jusqu’en Europe il y a 4 000 ans. Pour reconstituer l’histoire de l’invasion biologique de la souris, les recherches ont nécessité l’analyse de plus de 800 restes provenant de 43 sites archéologiques. L’étude, publiée dans Scientific Reports , révèle également que les dates de diffusion vers l’Europe coïncident avec les dates d’apparition des premiers chats domestiques sur ce continent. Elle suggère que l’introduction de ce prédateur a pu être motivée par le besoin de contrôler les populations de souris afin de protéger les stocks de grains et de denrées. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Le lien inextricable entre la dispersion humaine, ses processus associés de construction de niche et le processus global d’invasion de la souris domestique en fait un bio-indicateur pertinent de l’impact humain sur la biodiversité. Actuellement, les preuves bioarchéologiques et les études génétiques sur les populations modernes s’accordent sur l’origine du comportement « commensal » (c’est-à-dire qui mange « à la même table » qu e l’Homme) de M. m. domesticus, associé à la transition néolithique au Proche-Orient. Mais la question de savoir si la sédentarisation et/ou la montée de l’économie agricole ont été les principaux facteurs qui ont conduit à ce changement de comportement est débattue. On a estimé que la dispersion de M. m. domesticus vers l’Europe suivait la diaspora néolithique provenant d’Asie du Sud-Ouest ; pourtant, la compréhension actuelle des occurrences zooarchéologiques suggère plutôt une dispersion des souris domestiques en Europe méditerranéenne

La souris domestique commensale est considérée comme ayant initié la trajectoire commensale du chat vers la domestication, ce qui implique que le suivi de l’histoire de la première ouvre la voie à celle du second. L’ADN mitochondrial suggère que la domestication du chat sauvage africain (Felis silvestris lybica) a eu lieu au milieu de l’essor de l’agriculture dans le Proche-Orient néolithique. La preuve la plus ancienne et la plus frappante de la domestication du chat remonte à 9 500 ans avant notre ère, à Chypre. On pense que son introduction sur l’île est liée au contrôle de la prolifération des populations de souris domestiques. L’apparition du chat domestique dans les contextes archéologiques d’Europe occidentale au cours de l’âge du fer, il y a environ 3 000 ans, est synchrone avec les preuves solides de l’invasion biologique de la souris domestique en Europe occidentale. Cette co-dispersion de chats et de souris domestiques a également été mentionnée dans des sources littéraires, décrivant le transport délibéré de chats domestiques sur des navires pour lutter contre les rongeurs nuisibles, ce qui a entraîné sa diffusion mondiale. Cette co-dispersion soutient l’hypothèse selon laquelle la compréhension de l’origine et de la dispersion de la souris domestique peut permettre de mieux comprendre l’origine des chats domestiques et leur dispersion ultérieure.

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