Parcourir les lieux d’une histoire très ancienne – la transhumance dans les Alpes du sud – raconter les rencontres et la découverte des paysages, s’émerveiller sans cesse. Tout en surmontant les difficultés multiples de dix journées d’efforts. Tel est le projet de l’auteur de ce journal de randonnée.
Episode 3 – Chaque gramme compte
26 mai : de Rians jusqu’à Riez
Jour 2 : Incursion dans le bassin du Verdon
Distance : 66 km Dénivelé : 1 390 m
Nous sommes en pleine canicule précoce. Il faut donc démarrer tôt, à l’heure où la fraicheur de la nuit ne s’est pas encore retirée.
Me voici rapidement en forêt, sur un sentier pierreux mais qui ne monte que très raisonnablement, donc plutôt agréable. Les chênes verts ont laissé la place à d’immenses taillis de chêne blanc et déjà quelques pins sylvestres. Montée à l’ombre, mais qui n’offre aucune vue lointaine. A chaque petite clairière, les « cheveux d’ange »[1] brillent en contre-jour.
Sur cette portion du GR 69 (la Routo), les pistes cèdent vite la place aux sentiers. Parfois, les cailloux se transforment en chaos de pierres, il faut descendre du vélo et marcher à ses côtés, en veillant à se protéger les tibias des buissons épineux et des pédales « à picots », un peu trop agressives. Avec les bagages, le vélo pèse 30 kg mais je dispose heureusement d’un bouton magique sur le guidon, qui intime au vélo l’ordre de rouler tout seul à 4 km/h. Merci à la fée électricité !
En vélo, le poids est l’ennemi, mais chaque gramme est difficile à gagner. Le plus facile, c’est de ne pas être trop lourd soi-même ; j’ai donc réduit mon alimentation pendant 6 semaines et les 6 kg rapidement perdus m’ont permis de retrouver un poids de forme. Mon vélo pèse 23 kg, rien à gagner de ce côté-là. Restent les bagages : outils de base, chambre à air, chargeurs du vélo, du compteur et du téléphone, une deuxième tenue cycliste, une veste de pluie, une tenue « de soirée » (pantalon, bermuda, trois t-shirts, une polaire ultralégère), et c’est tout. Ah non, j’oubliais, l’indispensable, un bon livre ! Poids total : 6,5 kg, à répartir entre un sac de selle, plusieurs petits sacs de cadre et un sac à dos léger spécialement adapté au vélo.
Je résume : Vélo 23 kg, bagages (avec les sacs) 9 kg, bonhomme 80 kg, 2kg d’eau. Total : 114 kg. Ce n’est pas ce qu’on appelle voyager léger, mais il n’y a pourtant que l’indispensable.
Pique-nique à Vinon-sur-Verdon, à nouveau pistes dans d’immenses forêts de chênes et de pins. Un peu monotone, mais ce n’est que la marche d’approche. Début du plateau de Valensole, vue imprenable sur les Alpes, les Ecrins et le Queyras, avec leurs sommets encore enneigés. Champs de lavande bien sûr, pas encore fleurie, mais une nouveauté pour moi : d’immenses champs de sauge cultivée, qui repeignent en mauve le paysage. Puis plongée sur Riez, un bourg qui a su profiter de l’image du Haut-Verdon pour développer une activité touristique « raisonnable ». Cinq étoiles pour le petit restaurant au cœur du vieux village, mais aucune pour l’hôtel, cher et totalement impersonnel.
Jean-Paul Hétier
(A suivre)
[1]Stipa pennata ou Cheveux d’ange est une graminée sauvage des milieux secs. Elle porte de longs épis argentés qui scintillent au gré du vent et du soleil.


