🔻 Construire un réseau routier amazonien plus responsable

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La Fondation pour la rechercher sur la biodiversité a récemment fait la synthèse d’une étude publiée par la revue Proceedings of the national Academy of Sciences of the United States of America (PNAS). Les recherches tentent de trouver un compromis satisfaisant pour les habitants et l’environnement dans le cadre d’un projet d’extension du réseau routier amazonien.

La construction d’un réseau routier est un moteur important du défrichement et de la dégradation rapide de la forêt amazonienne. En effet en plus des projets de grands axes routiers, des routes secondaires, tertiaires et illégales sont généralement construites en parallèle. Le défrichement dû aux infrastructures routières va entraîner la perte de biodiversité, le déplacement des communautés indigènes, l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre et la réduction du stockage du carbone. Ces impacts sur l’environnement et sur les communautés sont justifiés par la société, les gouvernements et les banques de développement par le fait que les routes permettraient d’accroître les possibilités d’emploi, la mobilité, de réduire les coûts de transport et de soutenir le développement régional.

Des chercheurs se sont alors intéressés à l’extension du réseau routier en Amazonie afin de comprendre les réels avantages et coûts que les différents projets pouvaient apporter. Dans une étude publiée par la revue Proceedings of the national Academy of Sciences of the United States of America (PNAS) et synthétisée par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), ils comparent 75 projets considérés comme des priorités nationales. Les scientifiques proposent également des compromis afin de lancer la construction d’un réseau plus responsable prenant en compte l’environnement et le bien-être des communautés locales.

Les objectifs du document sont de combler des lacunes de connaissance en élaborant une approche permettant d’évaluer de manière exhaustive les avantages et les coûts des projets. Il a également pour ambition d’influencer le processus décisionnel en analysant les avantages et inconvénients économiques, en comparant les coûts de construction aux coûts socio-environnementaux et en utilisant une approche qui intègre diverses questions afin que les différents projets puissent être comparés. Les experts ont donc fait une étude comparative de 75 projets considérés comme des priorités nationales en Amazonie et surtout pour lesquels il y avait suffisamment d’informations disponibles pour réaliser une analyse. Les données ont été récoltées dans les cinq pays principaux du bassin amazonien : le Brésil, la Bolivie, la Colombie, l’Équateur et le Pérou. Plus de 12 000 km de routes représentant un investissement d’environ 27 milliards de dollars sont prévu au cours des cinq prochaines années.

Les résultats ont montré que les différents projets auraient des impacts considérables aussi bien sur le point de vue social, qu’environnemental et économique. D’un point de vue social, l’étude constate qu’au moins 17 % des projets constitueraient des infractions aux lois environnementales, aux processus de consultation ou aux droits autochtones. Trois des 75 projets traverseraient le territoire de peuples indigènes en isolement volontaire. Il a également été relevé que 5% des projets routiers présentaient des conflits sociaux et des affrontements autour de questions environnementales et culturelles. À noter tout de même que les routes faciliteraient l’accès aux écoles et centres de santé.

En ce qui concerne l’environnement, environ 2,4 millions d’hectares de déforestation serait à prévoir au cours des 20 prochaines années, si tous les projets venaient à être réalisés. Une approximation indique que la rénovation ou la création de nouveaux axes entraineraient 100 hectares de déforestation par kilomètre. De plus, l’amélioration ou la création de nouvelles routes favoriserait le développement de routes secondaires, tertiaires et illégales, ce qui augmenterait d’autant plus les impacts. La diversité des espèces, les écosystèmes, les eaux de surface, le stockage du carbone et les zones protégées sont également particulièrement menacés.

Les impacts sociaux et environnementaux sont souvent justifiés par les avantages économiques qu’un projet peut apporter. Cependant, l’étude a montré que ces derniers n’étaient pas au rendez-vous. En croisant estimation du trafic, coûts d’investissement et d’autres variables spécifiques aux routes, les auteurs estiment que la valeur actuelle nette des projets oscille entre 1,1 milliard de dollars et 3,5 milliards de dollars. Il semblerait également que 45% des projets proposés coûteraient plus à construire et à entretenir qu’ils ne génèreraient de bénéfices.

Afin d’orienter la prise de décisions, les scientifiques ont voulu proposer des compromis afin de construire plus responsable. Il faudrait dans un premier temps ne réaliser que les projets routiers dont la valeur est vraiment positive c’est-à-dire qui ne génère pas de pertes économiques ni de préjudices socio-environnementaux. Pour ces projets-là, il faudrait par la suite examiner les compromis entre les avantages économiques et les risques socio-environnementaux. Le gouvernement et les parties prenantes doivent ainsi se mettre d’accord sur un niveau acceptable de concessions à réaliser. Enfin, l’étude relève qu’il est important d’investir dans des analyses rigoureuses pour piloter la prise de décision soit concevoir des trajets optimaux pour atteindre les objectifs politiques et analyser les relations entre l’investissement et les dommages causés sur les communautés et l’environnement.

Lire la synthèse de l’étude de la FRB

Lire l’étude complète