🔻 Les goélands de l’Arctique soumis aux polluants perfluorés vivent plus longtemps

Photo d'illustration ©-Wolfgang-Vogt-de-Pixabay

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Une nouvelle étude montre de façon surprenante que l’exposition d’un goéland de l’Arctique à des polluants perfluorés est associée à une survie accrue chez ces oiseaux marins.

Les Substances Poly- et Perfluoroalkylées (PFAS), également surnommées polluants perfluorés ou polluants éternels, regroupent plus de 4700 molécules chimiques synthétisées par l’homme et faisant partie de notre quotidien. Il a été montré depuis les années 2000 que ces éléments contaminent les écosystèmes, y compris dans des zones éloignées des activités humaines. Extrêmement persistants, ces polluants gagnent par exemple les régions Arctiques, où ils s’accumulent dans le sang des oiseaux et mammifères marins à des concentrations parfois ahurissantes. Mais quels sont les effets de ces PFAS pour la faune polaire ?

Avec le soutien de l’Institut Polaire Français (IPEV), des chercheurs du Centre d’Etudes Biologiques de Chizé et leurs collègues norvégiens se sont intéressés aux télomères, séquences d’ADN répétitives situées à l’extrémité des chromosomes et qui sont destinées à préserver l’intégrité du patrimoine génétique. Avec le temps, à chaque division cellulaire, les extrémités des télomères deviennent plus courtes. Cette érosion des télomères, considérée comme un mécanisme majeur du vieillissement, est accélérée par de multiples sources de stress, dont la pollution.

Au Svalbard, dans l’Arctique norvégien, les chercheurs ont effectué des prises de sang sur une population de goélands de bourgmestre fortement contaminés par les PFAS. En suivant les mêmes individus chaque année pendant 10 ans, il a été possible de mesurer les changements dans la taille de leurs télomères, en fonction des concentrations sanguines de PFAS. « Il apparait que non seulement les individus contaminés par les PFAS présentent une moindre érosion de leurs télomères, mais que pour les goélands les plus pollués, on assiste même à un rallongement de la longueur des télomères ! » explique le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) dans un communiqué. Autre résultat inattendu de cette étude publiée dans Environmental Science and Technology : le suivi à long-terme des goélands bagués montre que les individus les plus contaminés par les PFAS ont une meilleure survie d’une année à l’autre.

Ces résultats surprenants posent la question des mécanismes impliqués : sélection des meilleurs individus, capables de résister aux PFAS ? Stimulation par les PFAS de l’activité de la télomérase, enzyme permettant de maintenir la taille des télomères division après division ? « Cette étude et d’autres travaux menés par le CEBC et ses collaborateurs, suggère donc une nouvelle fois qu’en comparaison avec d’autres contaminants historiques (PCB, pesticides organochlorés, toujours bien présents chez les oiseaux polaires), les PFAS peuvent souvent agir de manière différente et souvent inverse sur la physiologie et le comportement. »

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