Du sens de la famille chez les plantes (2 min)

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Une nouvelle étude fait le point sur les connaissances liées aux comportements entre plantes apparentées, dévoilant des stratégies de coopération qui pourraient être génétiquement héritables.

Les plantes ont-elles un instinct de parenté ? C’est sur cette question à priori saugrenue que s’est penchée la chercheuse Elisabeth Pennisi dans sa nouvelle étude : « Do plants favor their kin ? », en compilant les données de plusieurs études antérieures. On sait en effet désormais avec certitude que les plantes peuvent « distinguer les racines relevant du ‘soi’ et les racines relevant du ‘non-soi’ », rappelle la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB), qui a rédigé une synthèse de l’étude. Il est admis que les plantes peuvent favoriser les individus auxquelles elles sont apparentées en limitant la propagation de leurs racines ou encore en déplaçant leurs feuilles pour les ombragé le moins possible. Mais de quel ordre est la reconnaissance d’une plante parente : génétique ou morphologique ? Dans le cas des sauges buissonnantes, qui libèrent des substances chimiques volatiles poussant l’arbre voisin à produire des composés toxiques contre les herbivores, l’écologue Richard Karban avait montré qu’au sein même de l’espèce, ils se divisaient en deux entités chimiques distinctes (des « chémotypes ») émettant soit du camphre soit de la thuyone lorsque leurs feuilles étaient endommagées, et que ces chémotypes étaient génétiquement héritables, ce qui en faisait un signal potentiel de reconnaissance de parentale. Or, « lorsque les substances volatiles d’une plante présentant un chémotype donné étaient appliquées sur le même type de plante, ces plantes produisaient des défenses anti herbivores plus fortes et présentaient beaucoup moins de dommages causés par les insectes que lorsque les substances volatiles provenaient d’une plante de l’autre chémotype. » Un autre exemple à été fourni par le scientifique Jorge Casal, lorsqu’il a prouvé que des tournesols apparentés et plantés les uns à côté des autres inclinaient leurs tiges en alternance d’un côté ou de l’autre d’une rangée pour ne pas se gêner entre eux. Par ailleurs le rendement en huile était 47% supérieur lorsque les plantes apparentées étaient plantées de façon à être libres de leurs mouvements, car alors elles étaient capables de s’éloigner les unes des autres, à l’inverse de celles contraintes de pousser droit !

La coopération chez les plantes apparentées à également été étudiée par Rubén Torices de l’Université de Lausanne, qui a découvert que les plantes d’ornement Moricandia moricandioides, lorsqu’elles étaient cultivées avec des parents, produisaient plus de fleurs, devenant ainsi plus attrayantes pour les pollinisateurs. Un comportement altruiste selon le scientifique, « car chaque plante abandonne individuellement une partie de son potentiel de production de graines pour dépenser plus d’énergie dans la production de fleurs avec une présomption d’une meilleure fertilisation au bénéfice de la communauté », résume la FRB dans sa synthèse. Enfin, il est également suggéré que la reconnaissance de la parentale puisse aider les forêts à se régénérer. En analysant les flux de nutriments et les signaux chimiques envoyés d’arbre à arbre par des champignons souterrains, Brian Pickles, écologiste à l’université de Reading au Royaume-Uni a montré que « les sapins nourrissent préférentiellement leurs parents et les avertissent des attaques d’insectes », permettant à une communauté de sapins apparenté de grandir plus rapidement que les autres. La synthèse rappelle toutefois que de plus amples preuves de communication et de coopération entre plantes apparentées étaient nécessaires en citant Hélène Fréville, biologiste des populations : « Je ne pense pas que nous ayons actuellement des preuves convaincantes d’une reconnaissance parentale chez les plantes ».

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