Le mystère de la « crise forestière » d’Afrique centrale résolu

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Les Hommes seraient à l’origine des transformations de la forêt tropicale humide d’Afrique Centrale voilà 2 600 ans, et non le changement climatique comme le pensaient les scientifiques.

Historiquement couverte de forêt tropicale humide, l’Afrique Centrale a vu son couvert forestier diminuer et se transformer en savanes il y a 2600 ans. Puis, 600 ans plus tard, les forêts opéraient leur grand retour. L’épisode dit de la « crise forestière », était jusqu’à présent imputé à des évolutions climatiques ayant conduit à l’aridification de la région. Un groupe de géochimistes, paléoclimatologues et archéologues, impliquant des scientifiques de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), vient toutefois de publier une étude réfutant cette thèse : Ce seraient les activités humaines qui, déjà à l’époque, auraient modifié le paysage. Pour en arriver à ces conclusions, ils ont analysé une carotte sédimentaire prélevée au fond du lac Barombi au Cameroun et contenant des pollens. Les résultats ont confirmé la réduction du couvert forestier durant la crise forestière : en effet, dans la période précédant la date charnière de 2600 ans, les sédiments lacustres contiennent de très nombreux pollens d’arbres, tandis qu’après cette date, ils cèdent progressivement la place à des pollens de savanes. Toutefois les résultats ont remis en question l’explication climatique en montrant l’absence d’un changement du régime des précipitations à cette époque. Les scientifiques lui ont préférée une explication anthropique : « cette fragmentation de la forêt et l’apparition de ‘zones ouvertes’, de type savane, correspondent à un pic démographique et à l’introduction de la métallurgie en Afrique centrale atlantique : nous y avons retrouvé de nombreux déchets de production de fer », explique l’archéologue Geoffroy de Saulieu. « Nous sommes ainsi convaincus que ce n’est pas le climat qui a provoqué la crise forestière il y a 2 600 ans, mais la croissance des populations qui se sont installées dans la région et ont dû éclaircir la forêt pour pouvoir cultiver des terres devenues arables », renchérit Pierre Deschamps, de l’IRD. Si cette étude élucide le mystère de la « crise forestière », elle montre également la capacité des écosystèmes à se régénérer : « quand la pression anthropique a diminué il y a 2 000 ans, les environnements forestiers se sont reconstitués, mais pas nécessairement à l’identique », conclut l’IRD dans un communiqué.

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