Les scientifiques ont utilisé une méthode pionnière de restauration des populations coralliennes endommagées, à partir de larves transplantées.
Des scientifiques ont réussi à élever du corail de la Grande barrière de corail en Australie et à le transplanter dans une autre zone de ce joyau du patrimoine mondial, un projet qui leur donne l’espoir de restaurer les écosystèmes endommagés à travers le monde. Les chercheurs de l’Université australienne Southern Cross, qui ont rendu publique leur étude le 26 novembre, ont collecté fin 2016 de grandes quantités d’ovules et de sperme de coraux à Heron Island, au large de la côte orientale. Ils ont produit des quantités massives de larves qu’ils ont ensuite transplantées dans des zones endommagées de la Grande barrière, qui est menacée par le réchauffement climatique. Huit mois plus tard, les scientifiques ont constaté que le corail juvénile avait survécu et grandi. « La réussite de cette nouvelle recherche ne s’applique pas seulement à la Grande barrière de corail, elle a potentiellement une pertinence internationale, a déclaré Peter Harrison, directeur des recherches. Elle montre qu’on peut restaurer et réparer des populations coralliennes endommagées, dans des endroits où la production naturelle de larves a été compromise ».
Cette technique est différente de la méthode utilisée actuellement dite du « jardinage corallien » qui consiste à casser des branches de corail sain pour les réimplanter sur des récifs, dans l’espoir qu’elles repousseront, ou de l’élevage de corail dans des pépinières, souligne M. Harrison. La méthode avait été testée auparavant avec succès aux Philippines sur un récif fortement endommagé par la pêche à la dynamite. Le chercheur s’est dit optimiste quant à la possibilité qu’elle puisse être utilisée à grande échelle. « Les résultats sont très prometteurs. Nos travaux montrent que l’apport de fortes densités de larves permet l’obtention de davantage de coraux ». Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 1981, la Grande barrière s’étend sur environ 345.000 km2 le long de la côte australienne et constitue le plus vaste ensemble corallien du monde avec 3.000 « systèmes » récifaux et des centaines d’îles tropicales. Mais elle est menacée par la récurrence de graves épisodes de blanchissement de ses coraux provoqués par le réchauffement climatique, par les activités industrielles ou agricoles ou encore par l’acanthaster pourpre, une étoile de mer invasive.
Toutefois, une autre étude récente montre qu’une petite portion de la Grande barrière de corail est encore suffisamment saine pour pouvoir servir à régénérer l’ensemble de ses coraux menacés par le blanchissement. Les scientifiques y expliquent qu’une centaine de récifs coralliens paraissent moins exposés aux effets destructeurs du blanchissement et à l’acanthaster pourpre. Ces récifs sont également correctement reliés à une grande partie de la Grande barrière grâce aux courants océaniques. De ce fait, « ces coraux ont le potentiel de procurer des larves indispensables pour restaurer les autres récifs endommagés », expliquent-ils dans cette étude publiée le 28 novembre dans la revue PLOS Biology. « Découvrir ces cent récifs est un peu comme trouver le système cardiovasculaire de la Grande barrière de corail, dit le professeur Peter Mumby de l’Université de Queensland en Australie, principal auteur de ces travaux. Bien que ces cent récifs ne représentent que 3% de l’ensemble des quelque 3.800 récifs formant la Grande barrière, ils ont le potentiel pour fournir des larves à près de la moitié (45%) de l’ensemble de ce vaste écosystème en une seule année », ajoute-t-il. La présence de ce cœur de coraux sains « signifie que l’ensemble des coraux est doté d’une résistance potentiellement suffisante pour lui permettre de surmonter ces agressions », résume Karlo Hock, un biologiste du Centre pour la science marine de l’Université de Queensland, un des principaux co-auteurs. Cette découverte ne veut pas pour autant dire que « la Grande barrière est sauvée et se trouve dans un état satisfaisant », prévient-il. Ces chercheurs insistent sur la nécessité d’une protections efficace au niveau local où les récifs sont les plus en danger ainsi que sur une réduction des émissions de carbone (CO2) pour contenir la montée des températures.


