Pour restaurer les sols, rien ne vaut la jachère !

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Une étude pilotée par l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) montre que les jachères longues favorisent les interactions entre organismes et les flux de carbone vers le sol.

Dans le cadre du projet européen EcoFINDERS coordonné par l’Inra, les chercheurs ont étudié l’évolution de la biodiversité de sols après leur mise en jachère comme stratégie de restauration. Cette étude a été rendue possible par la mise en œuvre d’un dispositif unique d’observation de longue durée. Son originalité repose également sur le fait que les chercheurs ont pris en compte une gamme très large d’organismes du sol (micro organismes et faune) en analysant leur diversité, mais également leurs réseaux d’interactions. Les résultats, publiés dans Nature Communications, montrent une augmentation des connexions entre groupes d’organismes dans le sol, accompagnée d’une incorporation accrue de carbone. La compréhension de ces phénomènes pourrait conduire à identifier des pratiques agricoles favorables au transfert et au stockage de carbone dans les sols.

Les chercheurs ont constaté une augmentation des connexions entre groupes d’organismes dans les sols au cours du processus de restauration. Ils ont également observé une progression de la diversité des champignons mycorhiziens à arbuscules (qui établissent des symbioses avec les racines des plantes).

Grâce à des analyses de 13C, ils ont montré que le renforcement des réseaux de connexions entre organismes du sol s’est accompagné d’un transfert accru de carbone vers le sol : dans les sols non cultivés depuis plus longtemps les plantes présentaient moins de carbone provenant de la photosynthèse dans leurs racines alors que les consommateurs, tels que les nématodes et les champignons, contenaient l’essentiel du carbone marqué. Ainsi, les champignons ont incorporé les trois quarts du carbone marqué dans les sols mis en jachère depuis longtemps mais seulement la moitié de celui-ci dans les sols mis en jachère récemment.

Ces modifications n’ont pas été associées à une augmentation de la biomasse fongique, mais plutôt à une augmentation de la proportion de groupes microbiens consommateurs de carbone et à une plus grande connexion des organismes entre eux.

Ces résultats innovants ouvrent des perspectives stimulantes pour la gestion durable des sols promouvant le transfert de carbone vers les sols et en phase avec l’objectif d’augmenter annuellement de 4p1000 le stock de carbone des sols. Il apparait ainsi essentiel de mieux connaitre l’écologie des champignons incorporant le carbone dans la chaine trophique du sol et de porter une attention particulière non seulement à la biodiversité des sols, mais également aux réseaux d’interactions entre organismes. Les recherches à venir devront en particulier évaluer l’effet de systèmes agroécologiques sur ces champignons et sur ces interactions afin de privilégier les pratiques favorables au stockage du carbone.