Thaïlande : le meurtre d’un écologiste restera impuni (2 mn)

Photo © Konstantin Kolosov de Pixabay

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Le parquet thaïlandais a abandonné les poursuites contre quatre fonctionnaires, soupçonnés d’être impliqués dans le meurtre d’un militant écologiste disparu en 2014, une décision critiquée par des ONG de défense des droits de l’Homme.

« A ce stade, les charges ne sont pas suffisantes », a déclaré lundi Prayut Petchkhun, porte-parole du bureau du procureur général thaïlandais. Por Cha Lee Rakcharoen, connu sous le nom de « Billy », a disparu le 17 avril 2014 après avoir été arrêté par des fonctionnaires à un poste de contrôle du parc de Kaeng Krachan. Motif officiel : être en possession de miel récolté illégalement. Mais le militant devait ce jour-là rencontrer des villageois, membres comme lui de la minorité ethnique karen, pour les aider à préparer une action en justice contre des autorités locales, accusant ces dernières d’avoir détruit les maisons de 20 familles dans le parc en 2011. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Cinq ans après sa disparition, la police avait découvert un morceau du crâne en partie calciné dans une étendue d’eau du parc national. Le Département des enquêtes spéciales (DSI) du ministère de la Justice avait indiqué que, d’après les analyses ADN, il s’agissait bien de l’activiste. Des poursuites pour « meurtre » avaient alors été engagées à l’encontre de quatre fonctionnaires, dont le directeur du parc à l’époque de la disparition.

Ce dernier, l’une des dernières personnes à avoir vu le militant en vie, a toujours affirmé qu’il l’avait laissé repartir. Mais, d’après le bureau du procureur, faute de témoins oculaires ou d’éléments probants, il est impossible de relier les accusés au meurtre. Et si les tests ADN remontent à la mère de « Billy », ils ne permettent pas d’assurer à 100% qu’il s’agit bien du corps de l’activiste, affirme-t-il. « C’est très difficile de comprendre cette décision », a déclaré l’épouse de « Billy », Pinnapha Phrueksapan lors d’une conférence de presse, promettant de « continuer à se battre ».

Le dossier va être réexaminé par le Département des enquêtes spéciales qui peut encore contester la décision du bureau du procureur. Mais les associations de défense de droit de l’Homme dénonce un vide législatif qui encourage l’impunité dans les affaires de disparitions forcées. Selon la loi thaïlandaise, quand on ne retrouve pas un corps, comme dans le cas de « Billy » où seul un fragment a été découvert, il ne peut y avoir de poursuites pour « meurtre ».

« Personne n’est poursuivi dans les affaires de disparitions forcées qui sont pourtant nombreuses dans le royaume : si les coupables peuvent réussir à cacher les corps (…) le système juridique thaïlandais ne peut pas les traduire en justice », déplore Pornpen Khongkachonkiet de l’ONG Cross Cultural Foundation. Plus de 80 cas de disparitions forcées ont été recensées dans le pays depuis 1980, d’après des données compilées par l’ONU. « Il faut impérativement une nouvelle législation pour faire cesser l’impunité qui prédomine dans ces affaires », souligne Phil Robertson chez Human Rights Watch.

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