🔻 Des solutions « micro-locales » pour cohabiter avec l’ours des Pyrénées

Photo d'illustration © Suju de Pixabay

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Une équipe du Centre national de recherche scientifique (CNRS) étudie les conditions d’une cohabitation apaisées avec l’ours à partir « de solutions à l’échelle micro-locale » imaginées par les acteurs de terrain.

Pour sortir de la « guerre » entre pro et anti ours, qui a encore fait rage cet été en Ariège, une équipe du CNRS étudie les conditions d’une cohabitation apaisée avec l’animal à partir « de solutions à l’échelle micro-locale » imaginées par les acteurs de terrain, éleveurs ou bergers. »On est en France, les décisions (de réintroduction de l’ours) se prennent à un niveau très centralisé et ça mène à ça« , déplore Ruppert Vimal, géographe chargé de recherche au CNRS-Université Toulouse Jean-Jaurès, qui conduit depuis quelques années une série de recherches dans les Pyrénées ariégeoises. « L’ours est devenu le symbole d’une politique verte face à tous les maux de l’agriculture de montagne, c’est le révélateur et le bouc émissaire« , explique-t-il.

Début juin, un ours mâle de 4 ans a été tué par balles près de la station de ski de Guzet (Ariège). En avril, côté espagnol, l’ours Cachou a été retrouvé mort dans des circonstances restées inexpliquées. Une vingtaine d’associations environnementalistes ont porté plainte, une enquête a été ouverte et l’ONG Sea Shepherd, plus connue pour son combat en faveur des mammifères marins, a proposé une récompense de 45.000 euros pour qui permettrait de retrouver le tueur d’ours. Plusieurs manifestations ont mobilisé tour à tour les camps pro et anti. C’est dans ce climat que M. Vimal lance une nouvelle phase d’étude avec une jeune chercheuse. « Notre hypothèse c’est que les acteurs de terrain, les bergers, les éleveurs sont en capacité de réinventer la relation aux autres espèces. Ce sont eux qui vivent avec l’ours« , souligne le géographe.

Alice Ouvrier, la chercheuse toulousaine, va mener cette nouvelle étude de terrain sur trois estives, après plusieurs mois déjà passés sur l’estive d’Ordouas pour roder sa méthodologie. « Nous menons des entretiens individuels sur des récits de vie, nous étudions des dépositions après une prédation, nous recueillons le ressenti de l’éleveur« , explique la jeune femme. Des données anthropologiques qu’elle va confronter à un travail éthologique autour de l’ours lui-même, grâce notamment à des pièges photos qui lui permettent de contrôler les endroits où passe l’ours. « Il faut que l’on comprenne quels sont les freins à cette coexistence à l’échelle locale« , en particulier en éclairant « ce qui fait la relation, le vécu entre ours et transhumants« , résume Ruppert Vimal.