Australie : des espèces menacées durement frappées par le feu (4 mn 30)

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Les feux en Australie ont ravagé plus de la moitié de l’habitat connu de 100 plantes et animaux menacé. Un site d’arbres préhistoriques a pu être sauvé, mais sur l’île Kangourou, la survie de plusieurs espèces rares est incertaine. Une nouvelle étude fait par ailleurs peser des craintes sur l’avenir de l’ornithorynque.

Les feux en Australie ont brûlé plus de la moitié de l’habitat connu de 100 plantes et animaux menacés, dont 32 espèces en danger critique d’extinction, a annoncé le gouvernement australien. Plus d’un milliard d’animaux ont péri dans la vague sans précédent d’incendies qui a ravagé l’est et le sud de l’île pendant des mois, brûlant une étendue plus grande que celle du Portugal. Un bilan précis pour la faune et la flore ne sera établi que dans plusieurs semaines, car il reste des feux et certaines zones brûlées sont encore trop dangereuses à explorer, selon les autorités. Mais le ministère de l’Environnement et de l’Energie a d’ores et déjà publié une liste préliminaire des espèces menacées de plantes, animaux et insectes qui ont perdu plus de 10% de leur habitat répertorié. Plus de 80% des habitats connus ou probables de 49 espèces ont subi les flammes, tandis que 65 autres espèces ont vu 50 à 80% de leurs aires de peuplement affectées. « Certaines espèces sont plus vulnérables au feu que d’autres et certaines zones ont été plus gravement brûlées que d’autres, donc une analyse plus approfondie sera nécessaire avant de pouvoir évaluer pleinement l’incidence des incendies sur le terrain« , a déclaré Sally Box, commissaire aux Espèces menacées. Les espèces menacées victimes des incendies comprenaient 272 plantes, 16 mammifères, 14 grenouilles, neuf oiseaux, sept reptiles, quatre insectes, quatre poissons et une araignée, a indiqué le ministère. Sur les 32 espèces en danger critique d’extinction touchées par les incendies, la plupart étaient des plantes, et il y avait également des grenouilles, des tortues et trois types d’oiseaux, a-t-on ajouté de même source. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Une mission secrète a permis de sauver de l’un des incendies le dernier site naturel au monde de pins de Wollemi, un arbre préhistorique découvert en 1994, ont toutefois révélé des responsables. Moins de 200 de ces arbres protégés existent encore à l’état naturel, cachés dans une gorge dans les Blue Moutains, une zone montagneuse située au nord-ouest de Sydney et classée par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité. La région a été touchée par l’un des incendies géants. « Une mission de protection environnementale sans précédent« , a alors été menée pour sauver ces arbres, a déclaré dans un communiqué Matt Kean, ministre de l’Environnement de Nouvelle-Galles-du-Sud, un Etat du sud-est de
l’Australie. Les précieux pins, une espèce vieille de plus de 200 millions d’années, étaient considérés comme une espèce disparue jusqu’à ce que le site soit découvert en 1994 en Nouvelle-Galles-du-Sud dans le parc naturel de Wollemi, d’où leur appellation. La localisation des pins, parfois surnommés « arbres dinosaures« , a été un secret bien gardé pour les protéger de toute contamination par des visiteurs. Fin 2019, alors que les flammes s’approchaient de la zone protégée, les pompiers australiens ont eu recours à des avions bombardiers d’eau pour larguer du produit retardant en un anneau protecteur autour des pins. Et des pompiers spécialisés ont été hélitreuillés dans la gorge où se cachent les arbres pour y installer un système d’irrigation afin de leur fournir de l’humidité, ont expliqué des responsables. « Le feu est bien passé dans la zone, nous avons eu plusieurs jours de fumée épaisse aussi ne pouvions-nous pas savoir s’ils avaient été touchés. Nous attendions tous avec anxiété« , a expliqué Matt Kean sur la radio ABC, mais finalement « l’opération a été un succès phénoménal« . Depuis leur découverte en 1994, des pins de Wollemi ont été répartis dans des jardins botaniques à travers le monde pour préserver l’espèce. Mais la gorge qui vient d’être sauvée du feu est le seul site où ces arbres se trouvent encore à l’état naturel. Et ce site est soigneusement protégé. « Des visites illégales restent une menace pour la survie des pins de Wollemi à l’état sauvage en raison des risques de piétinement des nouvelles pousses et d’introduction de maladies qui pourraient dévaster la population restante« , a estimé Matt Kean.

Les nouvelles sont moins optimistes pour l’île Kangourou: Une course contre la montre est engagée pour sauver un maximum d’animaux, notamment des koalas, victimes des incendies dévastateurs sur l’île, connue pour être les « Galapagos » de l’Australie. Le sol calciné par les flammes est jonché de cadavres d’animaux qui ont péri lors des feux qui ont balayé, il y a deux semaines, cette île située au sud de l’immense île-continent. Au milieu de la puanteur dégagée par les cadavres d’animaux en état de décomposition, des sauveteurs ratissent le parc national, à la recherche des bêtes blessées, perdues ou affamées. « Quand nous sommes arrivés sur cette zone, nous pensions que rien n’avait pu survivre mais, tous les jours, nous avons trouvé des survivants« , a expliqué, lors d’une patrouille, Kelly Donithan, une spécialiste de la gestion de crise pour l’organisation de défense des animaux Humane Society International. Une grande partie des habitats des animaux ayant été détruite, leurs chances de survie diminuent chaque jour. « Le temps presse« , a souligné Mme Donithan. « Chaque jour qui passe amenuise les chances de survie des animaux et leurs organes sont de plus en plus susceptibles de subir des lésions irréversibles« , selon cette spécialiste. Un des animaux les plus précieux de l’île est le calyptorhynchus lathami halmaturinus, une sous-espèce du cacatoes de Latham, qui a disparu sur le continent. Les sauveteurs qui ont parcouru à pied mercredi les zones dévastées du parc n’ont entendu aucun oiseau. Une autre source d’inquiétude concerne les dunnarts, des petites souris marsupiales grises, qui étaient déjà en voie d’extinction avant les incendies. « Nous pensons qu’il en restait environ 500 (avant les feux)« , a estimé Elaine Bensted, la directrice générale des zoos de l’Australie-Méridionale sur la chaîne de télévision ABC. Selon elle, la plupart de ces souris marsupiales vivaient dans la partie ouest de l’île, la plus gravement touchée par les feux, dont beaucoup continuent de brûler. Les sauveteurs reconnaissent que trouver les espèces de petite taille ayant survécu est difficile, alors ils se concentrent essentiellement sur les gros animaux. Il s’agit notamment des koalas. L’île Kangourou abrite la seule population de koalas d’Australie qui ne soit pas touchée par la chlamydia, une infection sexuellement transmissible fatale pour les marsupiaux. Ils constituaient une sorte « d’assurance » pour l’avenir de l’espèce. Un point d’autant plus crucial qu’une grande partie des koalas vivant sur l’île-continent a été décimée par le feu. La ministre australienne de l’Environnement Sussan Ley a déclaré cette semaine que ces marsupiaux ont été « durement frappés » et pourraient pour la première fois être inscrits sur la liste des espèces menacées. Les koalas de l’île secourus sont conduits dans un abris de fortune dans le parc animalier de l’île. Certains sont si grièvement blessés qu’ils doivent être euthanasiés. La course contre la montre engagée pour sauver les espèces sauvages encore en vie provoque des « montagnes russes d’émotions« , a expliqué Evan Quartermain de Humane Society International. « Parfois, nous marchons pendant des heures à travers des paysages dévastés avec des centaines et des centaines de cadavres au sol… et vous déprimez, vous ne pouvez pas vous en empêcher, c’est très traumatisant, a-t-il expliqué à l’AFP. Et puis, vous trouvez un bébé (koala) à la fin de la journée et on l’emmène, on lui donne une chance et nous sommes remplis de joie« .

Un autre animal emblématique de l’Australie apparaît de plus en plus en danger: les sécheresses et autres manifestations du réchauffement climatique exercent une pression de plus en plus forte sur la population d’ornithorynques, au point de les pousser vers l’extinction, avertissent des chercheurs dans une étude. Ce mammifère unique a déjà disparu de 40% de son habitat historique dans l’est de l’Australie en raison de sécheresses, de l’aménagement du territoire, de la pollution ou encore de la construction de barrages qui fragmentent ses lieux d’habitation, selon ces scientifiques du Centre pour les sciences de l’écosystème de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW). Ils estiment que, si les menaces actuelles se maintiennent, les populations d’ornithorynques pourraient s’effondrer de 47 à 66% au cours des 50 prochaines années. En prenant en compte la dégradation des conditions climatiques liée au réchauffement, les populations pourraient même avoir baissé de 73% en 2070. L’ornithorynque est actuellement considéré par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) comme une espèce « quasi menacée« . Mais les chercheurs de l’UNSW estiment que la dégradation de l’état des cours d’eau liée à la baisse des précipitations et aux vagues de chaleur assombrit l’horizon pour l’espèce. « Ces dangers exposent lornithorynque à des extinctions localisées, car ils seront incapables de repeupler certaines régions« , a expliqué Gilad Bino, principal auteur de l’étude. Il est selon les chercheurs « urgent » de mener une étude nationale des risques pesant sur la population de ces mammifères pour évaluer si l’espèce doit être considérée comme « vulnérable » et s’il faut mettre en place des stratégies de protection pour « minimiser les risques d’extinction« . L’étude estime que la population totale a chuté de 50% depuis la colonisation de l’île par les Européens il y a deux siècles. Une précédente étude publiée en novembre 2018 faisait état d’une baisse de 30% sur cette période, et estimait la population à 200.000 individus.

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