40 ans après la marée noire, le Tanio tue encore des oiseaux (2 mn)

Photo © Karsten Bergmann de Pixabay

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Quarante ans après son naufrage au large des côtes armoricaines, le pétrolier « Tanio » fuit toujours, et les oiseaux mazoutés sont, encore aujourd’hui, les premières victimes de cette pollution à retardement.

Le pétrolier, sous pavillon malgache, coule le 7 mars 1980 au nord de l’île de Batz (Côtes-d’Armor). Long de 192 m et construit en 1958, il est parti de Wilhelmshafen (Allemagne), et son armement est assuré par la Société française de transports pétroliers (SFTP). Il fait route vers l’Italie pour décharger sa cargaison. Sous la violence d’une tempête, il se brise en deux. Trente-et-un rescapés sont hélitreuillés par la Marine nationale, mais huit hommes d’équipage périssent. Le Tanio transportait 28.600 tonnes de pétrole, dont quelque 10.000 tonnes se déversent en mer, contaminant 200 kilomètres de littoral. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

La partie arrière du pétrolier, contenant 7.500 tonnes de pétrole, est remorquée jusqu’au Havre, tandis que la partie avant coule par environ 80 mètres de fond avec encore plus de 10.000 autres tonnes. Quinze mois d’opérations sous-marines seront nécessaires pour récupérer plus de 5.000 t de pétrole et colmater les brèches. Cette nouvelle « peste noire », comme écrit à l’époque Ouest France, survient deux ans à peine après la catastrophe historique de l’Amoco Cadiz et ses 227.000 t de brut sur le littoral breton. Dès le lendemain de l’accident, le journal pointe déjà le risque d’une marée noire à retardement. « La partie avant git, elle par 87 m de fond : ne va-t-elle pas tout simplement, libérer progressivement son venin vers la surface ? », s’interroge-t-il. La mémoire de cette catastrophe a fini par s’estomper, après celle de l’Erika (1999) et ses 20.000 t de fioul lourd, puis du Prestige (2002) au large de la Galice et ses 81.000 Mais quarante ans après, le Tanio a refait parler de lui en novembre 2019 : des dizaines d’oiseaux blessés ou morts, dont certains portaient des traces d’hydrocarbure, ont été trouvés sur les plages du nord-Finistère.

Des investigations sur la coque, réalisées par la Cellule plongée humaine et intervention sous la mer (CEPHISMER) de la Marine nationale, avec un sous-marin téléguidé ont permis d’observer, « quelques minimes fuites intermittentes d’hydrocarbure », selon la préfecture maritime de l’Atlantique (Prémar). Et des analyses réalisées par le Cedre (Centre de Documentation de Recherche et d’Expérimentation sur les pollutions accidentelles des eaux) à Brest, à partir d’échantillons prélevés sur les oiseaux, ont montré « de grandes similarités entre l’hydrocarbure retrouvé sur les oiseaux et le fioul lourd » du Tanio. « A ce jour, la faisabilité d’une intervention étatique ultérieure est à l’étude et la surveillance du littoral et des approches maritimes est maintenue », indique la Prémar.

Cormorans huppés, grands cormorans, guillemots de Troïl, macareux moines, petits pingouins… la Ligue de protection des oiseaux (LPO) a reçu 74 individus sur tout le littoral depuis novembre. « On n’en a relâché que six, avec pas mal d’euthanasies», souligne Romain Morinère, responsable de la station de Pleumeur-Bodou. Alors faut-il pomper le fioul restant ? « Ce serait l’idéal, mais pour résoudre le problème, supprimer l’existence de ce carburant n’est pas simple, concède M. Morinière. Au final, ce sont les oiseaux qui trinquent. Il y a des courants marins, on entend. On sait qu’il y a un aspect coût qui n’est pas négligeable ». D’autant qu’ « il n’y a pas que les catastrophes pétrolières ,rappelle la LPO. Toute l’année il y a les dégazages en mer ». Plus d’un millier d’individus, oiseaux et mammifères ont encore été fauchés en 2019. Au niveau judiciaire, la marée noire s’est soldée en mars 1998, juste avant l’ouverture du procès, par un accord signé avec la douzaine de sociétés en cause, dont une filiale du groupe français Elf. Le montant des indemnités n’avait pas été révélé, mais l’État devait toucher 406 millions de francs (près de 62 millions d’euros), et les communes et personnes privées une vingtaine de millions de francs.

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