Le blob, cet organisme qui « casse les codes » (2 mn)

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Il n’a ni bouche, ni estomac, ni cerveau et pourtant il mange, se déplace, et sait même apprendre: le blob, qui fait sa première entrée dans un zoo, « casse les codes » et pourrait avoir beaucoup à nous apprendre.

Le blob, la nouvelle star du zoo au Bois de Vincennes – le premier du monde à accueillir cette espèce non animale – a pris ses quartiers dans le vivarium. Installé dans sa « blob zone », à l’abri de la lumière, le « physarum polycephalum » ressemble à une masse spongieuse, jaune et visqueuse. Le blob est une espèce vivante à part, ni animal, ni plante ni champignon. Avec son unique cellule, c’est un organisme simplissime mais capable de comportements complexes, « et c’est pour cela qu’il intrigue« , explique à l’AFP Audrey Dussutour, chercheuse au CNRS et spécialiste mondiale du blob. « Les gens ont toujours l’idée qu’une cellule ne peut se voir à l’oeil nu… Or celle-ci est visible grâce à ses multiples noyaux« , relève l’éthologue. Le blob est apparu il y a environ 500 millions d’années, juste avant le règne des animaux et l’émergence de la « pluricellularité« . « Le blob s’est un peu ‘essayé’ à pluricellularité sans aller jusqu’au bout. Cela donne une division cellulaire incomplète, avec des noyaux qui se séparent, sans que la membrane se referme autour d’eux« , poursuit-elle. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Découpé en morceaux, le blob ne meurt pas car il cicatrise et referme sa membrane en quelques instants. « A partir d’un seul organisme de 10 centimètres carrés, on obtient avec son scalpel 10.000 blobs de 1 millimètre carré parfaitement viables« , écrit Audrey Dussutour dans ouvrage sur le blob. Et le procédé s’inverse: deux morceaux côte à côte peuvent fusionner pour former un seul blob. Ce qui bouscule la notion d’individu. Et de ce fait, « on peut créer des blobs de toutes les tailles, il n’y a pas de limite connue« . Avec ses 720 sexes différents, le blob a une reproduction sexuée semblable à celle du champignon. « Il était là avant, donc ce sont davantage les champignons et les animaux qui s’en sont inspirés que l’inverse« .

Le blob ne cesse de surprendre. Il peut mourir de plusieurs façons, mais peut aussi entrer en dormance, en se desséchant. « Dans cet état, il est quasiment immortel… On peut même le mettre au micro-ondes quelques minutes !« , selon Audrey Dussutour. Une fois ré-humidifié, il peut repartir, en redémarrant son cycle à zéro, ajoute la chercheuse, qui possède en laboratoire des spécimens âgés de plus de 70 ans. La vascularisation du blob n’est pas fixe, contrairement à la nôtre. Dans ses veines, le sang change de direction, ce qui provoque son lent mouvement. Un système vasculaire « complexe et optimisé, qui passionne les physiciens« . L’observer à travers une vitre n’étant pas très spectaculaire, le zoo a conçu une muséographie interactive pour le mettre en scène, notamment via des vidéos en accéléré. « On peut s’en inspirer pour les réseaux: en ingénierie, on étudie sa formation pour l’appliquer à des réseaux électriques. Des blobs ont même été connectés à des ordinateurs« , raconte la chercheuse.

Sans œil, ni neurones – encore moins de cerveau – il possède néanmoins d’étonnantes capacités: il sait optimiser son alimentation, en choisissant, entre deux flans, le meilleur pour sa croissance. Le mucus qu’il laisse sur son passage lui sert de mémoire spatiale. Il est aussi capable de retenir une information, comme l’a démontré l’expérience suivante: du sel a été déposé sur son trajet vers sa nourriture. La première fois, le blob se déplace très lentement – le sel n’est pas dangereux mais il n’apprécie guère. La fois suivante, il se déplace à toute vitesse sur ce même trajet, preuve qu’il a « appris » à ignorer le sel. Il peut garder cette donnée en mémoire plus d’un an… et même la transmettre à un autre blob lorsqu’il fusionnera avec. Cette « mémoire » au sein d’une cellule pose la question la possibilité d’apprentissage de nos propres cellules, et son étude pourrait « ouvrir une nouvelle voie thérapeutique » chez l’homme, selon la chercheuse.

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