Les libellules africaines débarquent en France (2 min)

Photo © Hans Hillewaert

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De plus en plus d’espèces de libellules en provenance d’Afrique s’installent dans le sud de la France, répondant en cela aux bouleversements du climat.

Les libellules sont des témoins du réchauffement climatique en France : certaines espèces auparavant très présentes dans les zones tempérées (telle que Sympetrum vulgatum, autrefois abondante sur la façade orientale française, et désormais difficilement trouvable à basse altitude) disparaissent progressivement alors que de nouvelles espèces Afrotropicales font leur apparition dans le sud du pays. Comptant parmi les plus grands spécialistes français des libellules, Jean-Pierre Boudot, Guillaume Doucet et Daniel Grand publient aux éditions Biotope la seconde édition du Cahier d’Identification des Libellules de France, Belgique, Luxembourg et Suisse, un ouvrage qui présente notamment une espèce de libellule arrivant tout droit du continent africain : Trithemis kirbyi est implantée en Espagne depuis 2007 et a tout juste franchi les Pyrénées au cours des épisodes de canicule de 2017 et 2018, durant lesquels elle a été observée dans l’Aude et dans l’Ardèche. « Si ces arrivées ne semblent concerner à ce stade que des individus migrateurs ou erratiques profitant de mouvements d’air chaud venant d’Afrique, on peut s’attendre, étant donné la multiplication de ces phénomènes, à ce que cette espèce vienne à se reproduire et à s’implanter durablement dans le sud de la France », souligne un communiqué publié par Biotope à l’occasion de la sortie de l’ouvrage. Un comportement similaire a déjà été observé chez Trithemis annulata, qui a colonisé l’ensemble de la bordure méditerranéenne française et l’Aquitaine en une vingtaine d’années. « Cette expansion de libellules concerne également d’autres espèces thermophiles, continue le communiqué. En Corse, après l’apparition et la reproduction confirmée d’Orthetrum trinacria et de Selysiothemis nigra entre 2012 et 2017, c’est à l’augmentation des visites d’autres espèces africaines et moyen-orientales que l’on peut s’attendre, à l’instar de Lindenia tetraphylla et Brachythemis impartita qui ont déjà fait une visite éphémère dans l’Île de Beauté en 2009 et 2013. » Si l’augmentation des températures joue un rôle primordial dans la redistribution de ces espèces, les modifications d’habitats (milieux dégradés ou restaurés) causées par l’homme ont également leur part de responsabilité. Les scientifiques ne savent toutefois pas, à ce stade, si tous ces bouleversements auront des effets favorables ou défavorables pour l’ensemble des libellules. « Près de 90 : c’est le nombre d’espèces de libellules répertoriées en France métropolitaine, dont une vingtaine d’entre elles aujourd’hui ‘menacées ou quasi-menacées’ de disparition… et deux ont déjà disparu », rappelle le communiqué. En plus de réguler les populations de moustiques et les petits insectes, les libellules sont « un maillon clé de la chaîne de l’écosystème en nourrissant des animaux plus gros comme les grenouilles et les oiseaux. »