Des microcentrales menacent le saumon atlantique (1 min 30)

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Alors que le chantier de reconfiguration du grand barrage EDF de Poutès sur le Haut Allier va débuter, le chantier de la microcentrale de Chanteuges sur la Desges a repris pendant quelques jours en février, au grand dam des protecteurs du saumon.

A Chanteuges, en Haute-Loire, un projet de microcentrale hydraulique est en cours sur la rivière Desges, un affluent de l’Allier. L’objectif est de vendre l’électricité produite. Pourtant depuis 1994, et le Plan Loire Grandeur Nature, des investissements importants ont été réalisés sur l’ensemble du bassin de la Loire, jusque sur le Haut Allier et la Desges, pour restaurer les habitats en effaçant complètement des barrages, afin notamment de soutenir la dernière population migratrice de saumons atlantiques. La reconfiguration du barrage de Poutès est un exemple emblématique des avancées en matière de protection des milieux fluviaux : haut de 18 mètres, construit en 1941 au cœur des dernières zones de frai du saumon atlantique de la Loire, il va être abaissé de 11 mètres. Sa retenue passera de 3,8 km à 450 mètres de longueur. Le « Nouveau Poutès » ne constituera plus un obstacle majeur et ouvrira 300 ha d’habitats très favorables au saumon. A l’inverse, des associations, telles que Le chant des rivières ou SOS Loire Vivante, ainsi que des agents de l’Etat (ainsi du maire de Chanteuges) regrettent dans un communiqué publié le 30 mars que « le chantier de la microcentrale ubuesque de Chanteuges sur la Desges [ait] repris pendant quelques jours en février, » sous l’impulsion du président de la Communauté de Communes des Rives du Haut Allier. Située en amont du Conservatoire National du Saumon Sauvage de Chanteuges (CNSS), la microcentrale en menace directement le fonctionnement, l’élevage de saumons sauvages supposant une qualité d’eau optimale et une rivière au régime naturel préservé. « Il y a deux ans, construire un tel projet aurait été impossible, indique le communiqué. Avec le passage d’un cavalier législatif dans la Loi d’autoconsommation de février 2017, faire pousser les micro-centrales sur nos plus belles rivières est devenu presque aussi facile qu’allumer son poste de télévision. » 

Récemment, un bras de la Desges avait été répertorié comme rivière sur le site Internet de la Direction Départementale des Territoires, interdisant de fait toute artificialisation. « Mais le chef du service Environnement et Forêt vient d’expliquer dans un courrier aux associations que sa direction avait fait une ‘erreur de transcription’ : le cours d’eau est en fait un ‘bief privé’, propice au bétonnage. La DDT s’est encore une fois fourvoyée. Tout est bon pour les électrons. » Le communiqué regrette que le projet de microcentrale, qui ne génèrera de l’électricité que pour 150 foyers, mette en danger la dernière population de saumons atlantiques de longue migration en Europe. « Nous proposons sans succès depuis 2 ans au préfet de réunir les acteurs pour sortir d’une situation intenable », assure le communiqué.