Insecticide interdit : des rapaces protégés empoisonnés en Aveyron (1 mn 30)

Photo : Vautour moine (Aegypius monachus) © LPO

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Plusieurs associations dressent un « constat alarmant » de « l’utilisation déraisonnée de biocides », notamment d’un insecticide interdit en France, après plusieurs cas d’empoisonnements de grands rapaces protégés en Aveyron.

Depuis début 2018, « le nombre d’oiseaux empoisonnés dans les Grands Causses est éloquent : un Vautour noine, un Vautour fauve et un Gypaète barbu, dénoncent la Ligue de protection des Oiseaux, le Parc national des Cévennes, le Parc naturel régional des Grands Causses, la Fédération Départementale des chasseurs de la Lozère et les Syndicats apicoles de la Lozère et de l’Aveyron. Nous ne sommes plus sans connaître l’impact des produits phytosanitaires sur l’ensemble des chaînes trophiques (alimentaires) participant à l’effondrement de la biodiversité affirmé par les scientifiques, les naturalistes, les apiculteurs et les gestionnaires des espaces protégés », soulignent les signataires dans un communiqué. Ils mettent notamment en cause un insecticide de la famille des carbamates, figurant parmi les pesticides les plus toxiques pour l’homme et dont l’usage est interdit en France depuis 2008 mais qui est en vente sur internet. Utilisé dans l’agriculture ou pour lutter radicalement contre des animaux jugés « indésirables », cet insecticide « est aujourd’hui volontairement et illégalement déposé dans la nature pour tuer, sous forme d’appâts imprégnés de produit ou de proies empoisonnées, accusent les signataires. Or cette arme silencieuse…laisse des traces au-delà de sa cible principale », empoisonnant des rapaces, d’autres oiseaux mais aussi des mammifères sauvages ou domestiques, sans oublier le sol ou la ressource en eau, avertissent-ils. Réintroduit en 2017 en Aveyron, un jeune gypaète barbu baptisé Durzon a ainsi été retrouvé mort sur la commune de Millau, intoxiqué par la nourriture qu’il venait de consommer. Les analyses ont confirmé l’ingestion de carbamates. Né en janvier 2017, il aura eu le temps de découvrir la France, la Belgique et l’Allemagne depuis les cieux – les gypaètes font une sorte de « voyage initiatique » au cours de leurs premières années de vie – avant de revenir et trouver la mort sur le Causse du Larzac. Ces associations rappellent que la destruction, volontaire ou involontaire d’une espèce protégée constitue un délit qui peut être puni de deux ans d’emprisonnement et 150.000 euros d’amende.