Eutrophisation : le modèle agricole mis en cause

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Une expertise scientifique conduite à la demande du gouvernement conclut à une augmentation sensible du phénomène d’eutrophisation. Et précise que toute solution passe par un réexamen du modèle agricole, en France et dans le monde.

Le CNRS, l’Ifremer, l’Inra et Irstea ont présenté le rapport de l’expertise scientifique collective (ESCo) sur l’eutrophisation, qu’ils ont menée à la demande du ministère de la Transition écologique et solidaire et de celui de l’Agriculture et de l’Alimentation, avec le soutien financier de l’Agence française pour la biodiversité. L’eutrophisation génère des perturbations majeures pour les écosystèmes aquatiques et a des impacts sur les biens et les services associés, sur la santé humaine et sur les activités économiques. Ses manifestations les plus connues sont les efflorescences de cyanobactéries toxiques dans les lacs et cours d’eau et les proliférations de macroalgues vertes dans les zones côtières. Ces proliférations représentent de fortes biomasses dont la décomposition par des bactéries induit un appauvrissement ou un épuisement en oxygène du milieu, voire l’émission de gaz toxiques.

L’augmentation de la croissance démographique mondiale et le développement des concentrations urbaines, l’industrialisation et la spécialisation de l’agriculture, l’extraction minière du phosphore et le procédé chimique de fabrication d’azote minéral ont entraîné une augmentation des flux et des concentrations en nutriments (azote et phosphore) dans l’environnement, et in fine dans les milieux aquatiques. Sur la base des modèles les plus récents déployés à l’échelle mondiale, les flux sortants à la mer ont quasiment doublé au cours du XXe siècle, aussi bien pour l’azote que pour le phosphore. Au niveau mondial, le nombre et l’emprise des zones très pauvres en oxygène en milieu marin ont triplé depuis les années 1960. Un recensement de 2010 les porte à près de 500, avec une emprise géographique de 245 000 km2. On observe également une augmentation de la diversité, de la fréquence, de l’importance et de l’extension géographique des proliférations de microalgues toxiques ces dernières décennies. Bien qu’il soit encore difficile d’extrapoler les tendances observées d’une région à l’autre, le lien entre l’augmentation des flux de nutriments et celle de ces proliférations toxiques est souvent établi.

Au chapitre des solutions envisageables, l’étude évacue rapidement les traitements locaux et l’ingénierie des systèmes aquatiques, et pointe prioritairement le modèle agricole : « L’attention se concentre désormais sur les sources agricoles, importantes dans les pays développés : recyclage des effluents dans les régions à forte densité animale (car forte importation d’aliments pour les animaux) ; gestion de la fertilisation prenant en compte l’azote et le phosphore, raisonnée par parcelle, par système de culture (cultures et inter- cultures) ; préservation ou restauration des paysages, en particulier des interfaces terres-eaux, écrivent les auteurs du rapport. Ces trois leviers doivent être pris en compte dans les systèmes de production actuels. Cependant, même pris en compte, ils ne suffiront pas dans certains bassins-versants dont les écosystèmes aquatiques récepteurs sont très vulnérables. Les systèmes agricoles et les usages des sols devront y être progressivement modifiés. Des projets de territoire économiquement réalistes et socialement acceptables, fondés sur des objectifs de très basses fuites d’azote et de phosphore devront être mis en place. Des synergies entre des enjeux d’alimentation, de biodiversité, de climat, d’efficience et de recyclage des ressources peuvent y contribuer ».

Lire le résumé de l’étude (8 pages)

Lire la synthèse (148 pages) :