Montagne : les élus veulent la peau du loup

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L’Association nationale des élus de montagne vote une motion anti-loup. Par ailleurs, la Fédération nationale ovine écrit au Premier ministre Edouard Philippe, l’enjoignant de les aider à maintenir l’avenir de leur filière mise en danger par les « attaques incessantes des prédateurs ».

A l’occasion du 33ème congrès de l’Association nationale des élus de montagne (ANEM) qui s’est tenu la semaine dernière à Forcalquier en présence du porte-parole du gouvernement Christophe Castaner (ancien maire de la commune), les élus montagnards ont adopté une motion très critique à l’égard du projet de Plan national loup diffusé par le ministère de l’écologie. « A ce stade, écrivent-ils, de nombreux points restent à préciser sur lesquels le consensus sera probablement difficile à atteindre, notamment les modalités d’une programmation portant sur six ans et comprenant des objectifs chiffrés ». Les élus demandent au gouvernement « d’œuvrer prioritairement et de toute urgence à la restauration d’une concertation constructive, tant sur le loup que sur l’ours ; de défendre au niveau de l’Union européenne la légitimité des aides publiques accordées aux éleveurs, et une régulation pragmatique des prédateurs en tenant pleinement compte des perturbations qu’ils génèrent sur le secteur de l’élevage montagnard, de publier dans les meilleurs délais un nouvel arrêté s’appliquant sur l’année civile et prévoyant un nombre de retraits suffisants, c’est-à-dire progressant au prorata de la croissance constatée de la population de loups, et de défendre la révision du statut de protection du loup par la directive habitats et la convention de Berne ».

De son côté, Michèle Boudouin, présidente de la fédération nationale ovine (FNO) a adressé un courrier au Premier ministre Edouard Philippe, dans lequel elle indique : « Au-delà des difficultés économiques que nous rencontrons, au-delà de la fragilité de nos exploitations, c’est la survie même de nos troupeaux, face aux attaques incessantes des prédateurs, qui est aujourd’hui en question ». Mme Boudouin demande la mise en place d’une « politique ambitieuse de lutte contre la prédation » au travers d’un +Plan Loup+ dont les lignes directrices pour la période 2018-2023 devraient prochainement être dévoilées. Ce plan loup devrait notamment fixer le nombre d’abattages autorisés. Mais la FNO réclame un plan d’action national global « visant un objectif +zéro attaques+ qui s’appuie sur « un droit permanent des éleveurs à se défendre, une simplification des procédures et un renforcement des outils de défense à notre disposition », selon la lettre. « Nos exploitations, nos emplois, nos troupeaux, ne disposent pas, contrairement au loup, d’un statut visant à assurer leur +conservation+. Ils rendent pourtant des services irremplaçables aux populations, aux territoires, à l’environnement, et plus largement, à la société », ajoute le texte. En 2016, plus de 10.000 bêtes ont été tuées en France dans des attaques attribuées aux loups, surtout dans les Alpes et le sud du pays. Dans les Pyrénées, des dégâts sont aussi causés par l’ours, avec 450 moutons tués l’an passé, selon le député européen EELV José Bové, qui a demandé en septembre des «réponses concrètes » au gouvernement. Ces attaques ont ravivé en France le débat qui oppose les défenseurs de l’environnement favorable à sa protection, et les acteurs du pastoralisme

traditionnel. Le loup, présent sur 90% du territoire français jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, avait disparu de France dans les années 1930. Mais aujourd’hui, la population de « canis lupus » – espèce protégée en Europe -, en constante augmentation, est désormais estimée à environ 360 individus. José Bové réclame par ailleurs un recensement des loups qui permettrait éventuellement de modifier le quota de prélèvement. En soulignant la présence de nombreux loups hybrides, à savoir croisés avec des chiens, il souhaite, ainsi que de nombreux éleveurs, l’installation permanente d’une brigade du loup sur le Massif Central.