Les trois horizons

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Amortir, pour les usagers, le choc de la hausse des carburants. Voilà l’obsession de notre classe politique pour l’occasion unanime. Quand les uns -le gouvernement- défiscalisent les « primes carburant » et annoncent des aides pour les « gros rouleurs », les autres -LFI ou la CGT- réclament un blocage des prix à la pompe. Fort différentes quant à leur impact économique et social, ces mesures ont en revanche le même objectif concret : permettre aux possesseurs de véhicules thermiques de rouler encore et encore, toujours plus, toujours plus loin. Les conducteurs de SUV énergivores plébiscitent la proposition des amis de M. Mélenchon… Et tant pis pour le CO2 et le climat, on verra ça plus tard.

A celles et ceux qui professent que c’est tout le contraire qu’ils faudrait faire, tous ces dirigeants « sérieux » opposent l’argument imparable : et ceux qui ne peuvent pas se passer de leur voiture au quotidien parce qu’ils habitent loin de leur travail, tu y penses, gros malin ?

Argument fallacieux, pour deux raisons, l’une spatiale, l’autre temporelle. D’abord, parce qu’il confond l’effet et la cause. Ce n’est pas parce qu’ils habitent loin que les travailleurs et les travailleuses doivent utiliser leur voiture, c’est parce qu’on construit à tour de bras des routes et des voitures qu’ils sont contraints d’habiter dans des lotissements en rase campagne ou dans des « cités exilées au large du business » (Bernard Lavilliers), réservant le centre des métropoles, ses transports en commun denses et ses pistes cyclables, aux plus favorisés aisément qualifiés de « bobos ». C’est la voiture qui a dicté l’urbanisme et l’étalement urbain des 80 dernières années ! Et c’est bien à l’absence de la voiture que l’on doit les cités ouvrières, les corons, les habitats collectifs du XIXème et du début du XXème siècles, édifiés tout près les lieux de travail, sans lesquels les industries n’auraient pas pu fonctionner.

En outre, cet argument d’une prétendue « nécessité économique » succombe une fois de plus à la tyrannie du court terme. Ce n’est certainement pas en maintenant sous respiration artificielle une organisation dysfonctionnelle que l’on en finira avec les maux qu’elle génère : la dépendance économique et la catastrophe écologique (il fait un peu chaud ces jours-ci, vous ne trouvez pas ?).

Serait-ce trop exiger des dirigeants -présents ou aspirants- qu’ils soumettent systématiquement leurs politiques publiques et leurs géniales idées de réformes à l’examen des trois horizons : le court, le moyen et le long terme ?