Tout cela n’a rien à voir !

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Il arrive que les collisions de l’actualité parlent plus haut et plus fort que n’importe quel commentaire.

Le 6 février, paraissait le livre saisissant de Fleur Breteau, Cancer Colère. Sa colère, elle est tournée vers tous ceux qui voudraient nous convaincre que, dans ce monde où chacun est réputé devenir l’entrepreneur de lui-même, chaque malade du cancer ou d’une autre horreur mortelle serait responsable de ce qui lui arrive. Vous fumez trop. Vous buvez trop. Vous mangez mal. Vous ne bougez pas assez. Tout le reste – les déterminants socio-économiques, la dégradation de l’environnement, les réglementations laxistes ou absentes – ne serait que distraction. Qu’importe que la prévalence des cancers explose alors que la pratique du tabac et la consommation d’alcool sont en chute…

Le 18 février, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) révélait un déclin vertigineux des populations d’oiseaux spécialistes des milieux agricoles : – 32.5 % entre 2001 et 2024. Le pipit farlouse a perdu 80% de sa population depuis les années 1980. La perdrix grise 90% en 40 ans. Le râle des genêts  comptait 1200 mâles chanteurs dans les années 1985, ils sont 120 aujourd’hui.

Le 22 février, Médiapart révélait le contenu d’un document administratif opportunément occulté par les ministères de l’Agriculture et de l’Écologie. Ce rapport, qui date de mars 2023, faisait suite au dramatique suicide d’un agriculteur survenu en octobre 2022 dans l’Oise. Plusieurs mois auparavant, il avait fait l’objet d’un constat d’infraction par les agents de l’Office français de la biodiversité (OFB) pour avoir vidangé son pulvérisateur de pesticide près d’un cours d’eau. La FNSEA et la Coordination rurale avaient alors qualifié d’assassins les agents de l’OFB, planifié manifestations et dégradations devant les sièges de l’Office, multiplié les imprécations et les menaces contre les fonctionnaires. Plutôt que de soutenir ses agents, le gouvernement se joignait à ces accusations et initiait une enquête administrative. Ce sont ses conclusions, jusqu’ici caviardées, que Médiapart a mises au jour. Elles révèlent « qu’aucune faute n’a été commise par le service départemental, mais que, en outre, ce dernier a pris soin d’associer la profession agricole en amont et pendant les contrôles ».

Rapprochés, ces trois événements qui n’ont rien à voir entre eux prennent un effet de sens saisissant…