Plus vite, plus haut, plus con

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La « directrice des opérations » a claqué la porte en décembre. Le « directeur de la communication » a démissionné en janvier. Et le « président du comité des rémunérations » en février. Bref, « le groupe vit bien ». Quel groupe ? On parle là du comité d’organisation des Jeux olympiques d’hiver de 2030, dont la France a glorieusement obtenu l’organisation… en l’absence de toute autre candidature.

Cette aventure a été imposée en douce par le caprice de deux hobereaux en mal de grands frissons : le président de la région PACA Renaud Muselier et son homologue d’Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez. Dans sa région, on ne désigne ce dernier que de son sobriquet, le Fou-du-Puy (il a été longtemps le maire du Puy-en-Velay).

C’est pure folie, en effet, que de vouloir organiser dans les Alpes françaises, quatre ans à peine après les Jeux qui se tiennent actuellement du côté italien, une manifestation de cette ampleur, alors que personne n’ignore que la pratique intensive du ski alpin et des sports de neige est condamnée à moyen terme par les effets du réchauffement climatique. Comment justifier l’organisation d’un événement de portée mondiale fondé sur l’idée de nature et de froid alors que la température s’élève inexorablement et que la neige fait défaut ?

Pour les Jeux de Milan-Cortina, la quasi-totalité de la neige sur laquelle s’ébattent les athlètes a dû être produite artificiellement. Il a fallu pour cela détourner de leur usage 2 millions de m3 d’eau, et il faudra recommencer pour les épreuves paralympiques qui suivront. Pour produire 2 m3 de flocons artificiels, il faut utiliser 1 m3 d’eau et 1,5 kWh d’électricité. Pour maintenir à température la glace de la seule piste de bobsleigh, il faut actionner de puissants compresseurs, qui gaspillent l’équivalent de 7000 réfrigérateurs fonctionnant portes ouvertes.

A Cortina comme en France, la mode est aux Jeux déconcentrés, étalés entre des sites distants de plusieurs centaines de kilomètres, avec tous les déplacements que cela engendre. Et que dire de l’acheminement par avions de milliers d’athlètes, de leurs staffs, de journalistes, etc ?

Ces Jeux d’hiver, ceux de 2026 comme ceux de 2030, claquent comme un déni de la réalité climatique… qu’ils contribuent puissamment à aggraver. La fière devise olympique s’en trouve défigurée : aujourd’hui c’est « plus vite, plus haut, plus con ».