Le chat et les crocodiles

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Une nouvelle fois, voilà la SCNF vouée aux gémonies, crucifiée sur les réseaux sociaux pour un retard de TGV. Banal ? Certes. Ce qui l’est moins, c’est que dans ce cas précis c’est un retard insuffisant  qui est reproché à la compagnie ferroviaire… Dur métier, que celui de cheminot !

Mercredi dernier, Gare de Lyon à Paris, un « journaliste » de la chaine d’extrême-droite CNews perd le contrôle de son chat, Gina, qui disparaît, possiblement sur la voie. Alertée, la SNCF mobilise immédiatement une vingtaine d’agent-e-s pour tenter de retrouver le félin, et retarde pour cela le retard du TGV. En vain. Après vingt minutes de recherches le départ du train est ordonné, mais à vitesse très réduite pour laisser au chat le temps de fuir si besoin. Peine perdue. Malheureusement Gina a perdu la vie, écrasée par la rame.

Aussitôt, l’information et l’indignation tournent en boucle sur les ondes de la fachosphère qui, de Pascal Praud à Charlotte d’Ornellas, pleure à l’unisson la perte de l’animal. Les zamisdeszanimaux font chorus, et exigent qu’en pareille circonstance, la SNCF immobilise ses trains jusqu’à ce que le félin consente à répondre à l’appel de la croquette. C’est touchant, cette compassion unanime pour un chat.

Car chaque année en France, ce sont plus de deux mille « gros » animaux  – des mammifères pour l’essentiel – qui perdent la vie dans une collision avec un train. Sept par jour. Si chacun d’eux mobilisait autant de temps d’antenne sur CNews que Gina ça ferait, sur la chaîne de télé, des vacances aux immigrés, aux musulmans, et à tout ce qui se situe légèrement à gauche de Marine Le Pen (elle-même grande amie des chats)

Mais qui se préoccuped’un chevreuil anonyme ou d’un marcassin égaré ? Pourtant, aux yeux des protecteurs des animaux, en quoi sa vie serait-elle moins sacrée que celle de Gina ? Cette sollicitude réservée exclusivement aux animaux domestiqués, et refusée à tout individu sauvage, n’est en rien la marque d’une attention portée au vivant non-humain. Elle n’est à l’inverse qu’une manifestation supplémentaire de ce narcissisme anthropocentrique qui n’accorde de valeur qu’à ce que l’humain s’est approprié, et qu’il a chosifié, marchandisé. Ce n’est pas un animal que les crocodiles pleurent, c’est le doudou perdu d’un humain inconséquent, incapable d’assurer la sécurité d’un être vivant dont il s’est arrogé la garde.