À chacun-e son Anthropocène

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Donc, nous voilà entrés dans une nouvelle époque géologique, caractérisée par l’avènement de l’humanité comme principale force de changement sur Terre, surpassant les forces géophysiques. C’est l’âge des humains ! Celui d’un désordre planétaire inédit, logiquement nommé « anthropocène ».

Voilà qui devrait faire converger les cerveaux et les consciences, et unir les humains pour faire face à cette situation improbable, inédite, dont ils sont à la fois les coupables et les victimes.

C’est tout le contraire qui se produit. Les nantis de tous les pays s’unissent pour capter frénétiquement les ressources avant qu’elles ne s’épuisent, accélérant sans vergogne leur épuisement. Les guerres font rage. Et les beaux esprits pétris d’idéologies surannées se hâtent de dépecer l’anthropocène pour le banaliser et le faire coïncider avec leurs fixettes éternelles. Anthropocène ? Que nenni, pérore le (néo-crypto-archéo-…) marxiste. C’est de Capitalocène qu’il faut parler : le seul coupable est le capitalisme international. C’est la luuuutte finaaale… Allons donc, répliquera la féministe qui a lu Sandrine Rousseau : sortons de l’Androcène, et tout ira bien. Les hommes, plus que les femmes et les classes dominées, portent la responsabilité du désastre. Sus au patriarcat ! A la suite du politiste Malcolm Ferdinand, le décolonial s’en prendra de son côté au Plantationocène : tout le mal vient de la colonisation et des traites négrières. Malcolm Ferdinand parle même de Négrocène.

Toutes ces tentatives de démembrement portent en elles le même reproche : parler d’Anthropocène reviendrait à faire porter indifféremment la responsabilité de la catastrophe à tous les humains, le colon et le colonisé, l’exploiteur et l’exploité, le milliardaire en jet privé et le gueux sans chaussures. Cela relève d’un malentendu majuscule : l’Anthropocène est un constat, pas un acte d’accusation. A sa base il y a certes des inégalités et des voracités économiques, mais il y a surtout le fait que jamais une espèce de grands mammifères n’a connu une population de 9 milliards d’individus, régnant sur toutes les niches écologiques du globe. Constater les dégâts est une chose, en désigner les coupables en est une autre. Et là, OK, il faut convoquer le capitaliste à gros cigare, le mâle mal déconstruit (et pas très bien construit), le colon esclavagiste…

Étonnamment, M. Retailleau n’a pas encore pensé à parler d’Islamocène. Alors que, on le sait bien, de la fonte des banquises à la grippe aviaire en passant par les embouteillages sur le périph, tout le mal vient des musulmans et de leurs frères !