« Histoire de la domestication animale » par Valérie Chansigaud

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Le 3 septembre 2020, Valérie Chansigaud, historienne des sciences et de l’environnement, publie son dixième ouvrage : Histoire de la domestication animale. Dans cet essai publié aux éditions Delachaux et Niestlé, l’auteure revient sur l’histoire des rapports entre humains et animaux.

Qu’ils soient sauvages, domestiques, disparus, en voie de disparition, valorisés ou méprisés, l’histoire des animaux liée à celle des Hommes est des plus essentielle pour comprendre les mécanismes sociaux culturels de l’être humain. « Nous ne serions pas humains sans les animaux, cette histoire ne peut pas s’inscrire au singulier. On ne doit pas parler des rapports entre l’homme et l’animal mais bien de ceux entre les hommes et les animaux parce qu’effectivement, en fonction de l’animal considéré, l’histoire n’est pas du tout la même », nous confie Valérie Chansigaud sur ses recherches. L’historienne illustre ses propos avec un exemple éloquent, celui du poulet. La domestication de l’animal varie selon les coutumes, avant d’être utilisé pour sa chair ou ses œufs, le poulet était objet de sacrifice. « La domestication est toujours une affaire de société et la nature d’une société influe sur le type de domestication ».

À travers ses recherches et découvertes, Valérie Chansigaud tente d’expliquer à tous, le phénomène particulièrement complexe de la domestication. Afin de vous plonger dans cette étude, la rédaction vous à dégoter un généreux extrait de ce récent ouvrage :

Si l’on considère que les animaux domestiques ont en commun d’être exposés à un environnement plus ou moins anthropique dans lequel ils vivent et se reproduisent avant d’être souvent abattus à des fins d’utilisation humaine, alors la domestication peut être définie d’abord et avant tout comme un rapport de domination. Quel que soit le cas de figure considéré, c’est l’être humain qui détermine le statut et le devenir de l’animal domestique, sa biologie et son anatomie, sa qualité́ de vie et sa longévité́… Les progrès des sciences biologiques, notamment en ce qui concerne l’intelligence et la souffrance des animaux, ont participé́ à l’évolution des questions éthiques, même s’ils ne suffisent pas à expliquer la place de plus en plus importante que l’on accorde dans les sociétés modernes au bien-être animal. La relation à l’animal n’a jamais été une question allant de soi.

La domestication animale appartient bien plus à la culture qu’à la biologie. Elle n’est pas apparue dans toutes les sociétés et de nombreuses collectivités n’ont jamais connu d’animaux domestiques : ce mécanisme nécessite non seulement de disposer d’animaux domesticables, mais également de posséder les conditions sociales permettant son émergence. La sélection artificielle n’a pas seulement modifié les espèces animales ou influé sur les individus qui y étaient soumis, elle a profondément modifié les structures sociales : les guerres, les voyages, la situation des femmes, les hiérarchies sociales, l’esclavage, le rôle de l’éthique au sein des sociétés, la propriété, les croyances, il n’y a pas un domaine des cultures qui n’ait été affecté par la domestication.

Le sujet de cette Histoire de la domestication animale est bien le phénomène de la domestication elle-même. Je m’intéresse donc aux espèces, ou, pour être plus précise, principalement aux populations animales qui les constituent. Ce sont ces dernières qui sont soumises à la sélection artificielle. Ce livre n’est donc pas une histoire de l’élevage, ni celle des races et des variétés domestiques, il existe des ouvrages remarquables sur ces sujets.

Les premiers chapitres traitent des domestications avérées comme celle du chien, des grands herbivores et des oiseaux, et nous verrons à quel point l’histoire de ces animaux est complexe et, conserve, malgré les nombreux progrès scientifiques, de nombreux mystères. L’influence de la domestication sur les sociétés humaines est loin d’être achevée car le nombre d’espèces domestiquées s’est considérablement accru durant les dernières décennies, tout comme le nombre d’animaux de compagnie ou de rente. Le statut de nombreux animaux ayant fait l’objet d’élevages systématiques, parfois depuis des millénaires, est particulièrement difficile à établir, comme celui du chat ou de l’abeille. Le poids des questions environnementales – la part de la production de viande dans le dérèglement climatique, par exemple –, des questions éthiques – la réduction de la consommation de viande dans les sociétés développées –, des problèmes sanitaires – de la maladie de la vache folle à la grippe aviaire –, des rêves fous des intérêts égoïstes – la manipulation génétique des espèces, par exemple – montrent clairement que l’histoire de la domestication animale est loin d’être achevée. Ici, nous suivrons non seulement l’évolution des connaissances, mais nous chercherons aussi à comprendre comment la culture modèle la perception des animaux domestiques. Comme nous le verrons dans le dernier chapitre, l’histoire de la domestication est avant tout une histoire humaine.