L’Ecosse, prête à autoriser un néonicotinoïde interdit par l’UE dans ses fermes piscicoles

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Une enquête réalisée par le média d’investigation The Ferret montre que le gouvernement écossais semble prêt à approuver l’utilisation d’un insecticide « destructeur d’abeilles » interdit en Europe dans ses élevages de saumon. Le journal britannique The Guardian revient sur les moments clé de cette investigation.

Selon des documents internes consultés par le journal britannique The Guardian, le gouvernement écossais serait prêt à approuver l’utilisation d’un insecticide « destructeur d’abeilles » dans ses élevages de saumon. Le journal rapporte que les députés européens mettent en garde contre son impact potentiellement dévastateur sur la vie aquatique. Il rappelle par ailleurs que l’insecticide en question est l’un des trois néonicotinoïdes interdits par l’Union européenne (UE) en 2018 pour une utilisation agricole sur les cultures. Cette décision a été réaffirmée en mai 2012 par la Cour de justice de l’Union européenne qui a rejeté un appel de la multinationale agrochimique Bayer. 

En mars 2020 The Ferret révélait que l’industrie écossaise prévoyait d’utiliser l’insecticide en question pour tuer les poux de mer qui peuvent infester les saumons en cage. The Guardian explique qu’une série de courriels sur le sujet ont été publiés en vertu de la loi sur la liberté de l’information. Ces derniers dévoilent que le gouvernement écossais semble préparer le terrain pour que CleanTreat – un système qui utilise l’insecticide pour débarrasser les saumons d’élevage des poux de mer, soit accepté pour une approbation réglementaire dans les fermes piscicoles écossaises. Dans ces mails Annabel Turpie, directrice de Marine Scotland – l’agence du gouvernement écossais qui gère la pêche – a déclaré qu’elle aiderait les régulateurs environnementaux sur le nouveau système, qui utilise l’imidaclopride, le néonicotinoïde interdit par l’Union européenne.

The Guardian souligne que la Commission européenne a été invitée à retirer un règlement autorisant des limites de sécurités pour l’imidaclopride dans les élevages de poissons, à la suite des avertissements concernant son impact « toxique » sur les rivières et les cours d’eau. Grace O’Sullivan, députée européenne verte d’Irlande, a de son côté proposé une résolution demandant que cet insecticide soit inscrit sur la liste des contaminants environnementaux émergents pour lesquels aucun niveau maximal ne peut être fixé pour une utilisation aquatique. 

Cette résolution sera soumise au vote de la Commission le 3 juin 2021. L’euro députée fait part de son inquiétude dans un entretien avec le Guardian, précisant que « cette situation est particulièrement inquiétante pour l’Écosse qui possède une importante industrie et tradition salmonicole, mais aussi pour l’UE, où la Commission propose d’établir une limite maximale de résidus (LMR) pour l’imidaclopride », ajoutant que « cette LMR permettra aux entreprises de demander une autorisation de mise sur le marché du produit et de l’appliquer dans le secteur de la salmoniculture en particulier, où il se répandra selon toute vraisemblance dans l’environnement marin au détriment de la santé des océans et de la biodiversité. »