Un lapin rare et méconnu se retrouve en vente sur WhatsApp (1 mn 30)

Photo © Thomas Ulrich de Pixabay

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Paradoxe cruel du commerce illégal de la faune sauvage : une espèce aussi rare et méconnue des scientifiques que le Lapin de Sumatra peut se retrouver en vente sur les réseaux sociaux, mettant encore plus en péril sa survie.

Le 14 février 2018, un groupe de scientifiques dirigé par Arum Setiawan a reconnu un bébé lapin d’apparence plutôt étrange mis en vente pour 365$ sur un groupe WhatsApp qu’ils avaient infiltré en Indonésie. Quelques jours plus tard, il était mort. Il s’agissait d’un Lapin de Sumatra (Nesolagus netscheri), une espèce extrêmement rare et peu connue que les scientifiques n’avaient pas vue dans son milieu depuis plus d’une décennie. Ils savaient seulement qu’elle existait encore grâce à une photo prise par hasard par un autre groupe de recherche en quête de chats sauvages en 2011. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Il était d’autant plus surprenant de retrouver le rongeur sur whatsapp qu’on le pense inféodé à une petite zone de Sumatra. Le Lapin de Sumatra est l’une des deux seules espèces du genre Nesolagus, et la seule espèce de lapin originaire d’Indonésie. Bien qu’il n’y ait pas de groupes de conservation qui se consacrent activement à ce lapin, il est légalement protégé par la loi indonésienne et se trouve à l’intérieur de zones protégées.

Jennifer McCarthy, professeure associée de biologie à l’université de Lincoln, en Pennsylvanie, préside un nouveau groupe de travail de l’Union Internationale pour la Concservation de la Nature (UICN) sur le lapin de Sumatra, fondé en décembre dernier et dont Setiawan et son équipe font également partie, afin d’améliorer la compréhension de l’espèce et de faire avancer les efforts de conservation. Leurs premières études ont permis d’affirmer que le trafic en ligne est une menace réelle et importante pour l’espèce. Au sein du groupe WhatsApp concerné, pendant la période où l’équipe de Setiawan y avait accès, les membres ont discuté d’un total de huit lapins de Sumatra, mais n’ont pas tenté de les vendre tous. Selon McCarthy, cela indique qu’il existe un marché pour le lapin de Sumatra, probablement à destination de collectionneurs. De plus, Setiawan pense que le prix élevé du bébé lapin – de 365 $ pour une livraison à Sumatra à 510 $ pour une livraison à Java – pourrait faire augementer ce marché, en attirant plus de chasseurs pour trouver et vendre activement les lapins en ligne.

De nombreuses législations nationales sur la faune sauvage n’incluant pas encore la cybercriminalité, poursuivre des commerçants pour avoir vendu des lapins de Sumatra sur WhatsApp pourrait s’avérer très difficile. En outre, le rythme auquel les transactions se déroulent et la possibilité d’anonymat sur les médias sociaux rendent difficile la surveillance du trafic illégal d’animaux sauvages. Toutefois, Setiawan estime que les médias sociaux peuvent également être un outil très important pour promouvoir la conservation des espèces sauvages. Il considère que les médias sociaux jouent un rôle important pour faire évoluer les mentalités en faisant connaître les espèces rares à un public plus large et en lui faisant mieux comprendre leur importance. D’après lui, le lapin de Sumatra pâtit surtout du manque de connaissances des communautés locales indonésiennes quant à sa rareté et son caractère unique.

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