Néonicotinoides : la dérogation présentée au Conseil de transition écologique, les ONG boycottent

Photo d'illustration © Daniel Jüngling de Pixabay

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Le Conseil national de la transition écologique (CNTE) s’est penché mardi sur le projet de loi controversé permettant de déroger à l’interdiction des néonicotinoïdes, qui sera présenté jeudi en conseil des ministres.

Plusieurs ONG environnementales, vent debout contre ce projet d’utilisation de ces produits qualifié de « tueurs d’abeilles » et interdits de tout usage phytosanitaire en septembre 2018, ont boycotté la réunion pour dénoncer selon elle un « mépris » du gouvernement. « Si on boycotte aujourd’hui, c’est qu’il y a de plus en plus de régression en matière environnementale et que le grand public ne s’en rend pas forcément compte, a expliqué Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement (FNE), lors d’une conférence de presse. Le gouvernement est très fort dans la communication pour mettre en avant la moindre petite avancée, alors qu’en parallèle il y a tout un tas de destruction, de pollution qui se poursuivent. Pire que ça, il y a un détricotage systématique du droit de l’environnement », a-t-il reproché.Les ONG ont déploré ne pas être suffisamment écoutées par le gouvernement. « Il y a un certain mépris à l’égard de la vie associative, a estimé Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), qui demande davantage de dialogue ». Le boycott de la réunion mardi est « une alerte à l’égard de l’Elysée », a-t-il poursuivi.

Ces ONG s’inquiètent aussi que les propositions de la Convention citoyenne, dont trois ont déjà été écartées par le président de la République Emmanuel Macron, soient affaiblies alors qu’elles doivent déboucher sur un projet de loi à l’automne. « On craint qu’il y ait une tentative d’édulcoration et de réécriture des propositions et justement les ONG sont exclues de ce processus » contrairement aux parlementaires, aux collectivités et aux entreprises, a regretté Alma Dufour des Amis de la Terre.

WWF a fait le choix d’assister à la réunion du CNTE mardi matin, avec d’autres ONG. WWF« est solidaire des ONG qui ont décidé de ne pas être autour de la table, tout en faisant le choix defaire entendre notre voix , a expliqué à l’AFP Pierre Cannet.  Il y a un appel au gouvernement de réinvestir ce champ de dialogue (le CNTE) avec les ONG »,a-t-il ajouté.

Les planteurs de betteraves avaient réclamé de pouvoir utiliser ces insecticides contre des pucerons vecteurs du virus de la jaunisse qui fait s’effondrer les rendements cette année. Le gouvernement avait annoncé en août une modification pour autoriser des dérogations jusqu’en 2023 maximum, sous « conditions strictes », des semences de betteraves enrobées de cet insecticide. D’autres associations ou syndicats ont participé à cette session en visioconférence de la CNTE, instance « de dialogue » non décisionnaire, comme la Fondation Nicolas Hulot. Son représentant Samuel Leré a notamment regretté auprès de l’AFP que les représentants de l’administration aient « catégoriquement refusé de dire pourquoi le texte ne précise pas que la dérogation est valable uniquement pour la betterave ». D’autres ONG ont exprimé la même préoccupation, alors que les planteurs de maïs ont également demandé publiquement une dérogation.Le ministère de la transition écologique a par la suite assuré que le « périmètre (d’utilisation) sera précisé dans l’arrêté de dérogation et sera bien limité aux betteraves »,mais qu’inscrire la limitation dans le texte législatif lui-même aurait exposé à une censure du Conseil constitutionnel pour « rupture d’égalité devant la loi ». La ministre Barbara Pompili, qui avait porté en 2016 comme secrétaire d’Etat à la biodiversité le texte d’interdiction initial, a de son côté reconnu sur France Inter qu’il était« très désagréable de devoir défaire ce qu’on a fait ».

Elle a toutefois estimé qu’il s’agissait d’un « contretemps ». « Les néonicotinoides sont quasiment tous interdits, on a juste un problème sur les betteraves, donc on résout le problème pour les betteraves et les néonicotinoides seront complètement interdits très vite, » a-t-elle estimé, engageant à la juger « au résultat ».