Le tigres augmentent en Inde mais pourraient disparaître du Bangladesh (2 mn 30)

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La population de tigres sauvages en Inde a augmenté de 30% en quatre ans, selon un nouveau recensement local de ce fauve qui fait l’objet d’une mobilisation internationale pour éviter son extinction. En revanche, le Bangladesh s’inquiète du faible ratio de mâles dans sa population de tigres sauvages, qui menace la survie à long terme du félin dans la forêt de mangroves du pays d’Asie du Sud.

Selon une étude, effectuée l’an dernier, l’Inde comptait 2.967 tigres sauvages, contre 2.226 lors du précédent recensement en 2014. Le géant d’Asie du Sud est la nation qui compte la plus importante population de tigres sauvages. « C’est un résultat historique pour l’Inde« , s’est félicité le Premier ministre indien Narendra Modi en présentant à New Delhi les résultats du « All India Tiger Estimation Report 2018 ». Il a aussitôt réaffirmé l’engagement de son pays « à protéger le tigre« . En 1900, la planète comptait plus de 100.000 tigres sauvages, selon les estimations. Mais leur population est tombée à un plus bas de 3.200 félins au niveau mondial en 2010, trois sous-espèces ayant complètement disparu. Cette année-là, lors d’un sommet en Russie, l’Inde et les dirigeants de 12 autres pays abritant des tigres s’étaient engagés à doubler leur population d’ici 2022. La population de tigres en Inde augmente régulièrement depuis 2006, année où elle avait chuté à seulement 1.411 animaux. Mais son niveau n’est pas encore remonté à celui de 2002, lorsque 3.700 de ces prédateurs vivaient en Inde, selon les estimations. Entre 2010 et 2014, la population de tigres indiens s’était également accrue d’environ 30%. « Il y a 15 ans, on s’inquiétait sérieusement du déclin de la population de tigres. C’était un grand défi pour nous mais, avec détermination, nous avons atteint nos objectifs« , a dit le chef de gouvernement indien. La nation de 1,3 milliard d’habitants recense tous les quatre ans ses tigres en liberté. Pour ce dernier exercice, des chercheurs ont placé 26.000 appareils photos dans des zones où la présence de tigres est connue. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Des programmes informatiques ont ensuite passé au peigne fin les 350.000 images prises pour identifier chaque animal. Des experts en zoologie ont loué les efforts du gouvernement et voient dans l’augmentation des tigres un signe encourageant pour la conservation des grands félins en Inde. « L’échelle et l’ampleur de ce recensement sont sans précédent à travers le monde« , a souligné le secrétaire général du Global Tiger Forum Rajesh Gopal. La chasse et l’extension de la présence humaine ont poussé le tigre sauvage au bord de l’extinction. Prisés par la médecine traditionnelle chinoise, ils sont notamment la cible des braconniers. Des contreforts de l’Himalaya aux régions isolées du nord-est en passant par les plaines du nord du pays, l’Inde compte une cinquantaine d’habitats destinés à la préservation de l’espèce. La forte croissance démographique indienne empiète toutefois sur leur territoire, causant des conflits toujours plus nombreux. Environ 30 personnes ont été tuées par des tigres en Inde en 2018, et plus de 60 tigres  sont morts ou ont été tués cette année à travers le pays. La semaine dernière, une tigresse a été battue à mort après avoir déchiqueté un villageois et blessé huit autres personnes. Le mois dernier, une tigresse et ses deux petits sont morts après avoir mangé la carcasse d’une vache empoisonnée par des villageois. Les zoologistes estiment qu’il faut miser sur l’éducation dans les villages et à l’échelle gouvernementale pour gérer au mieux les conflits  entre humains et animaux. « Personne ne veut voir un tigre mourir, mais personne ne veut non plus voir un habitant tué par un tigre« , explique Dipankar Ghose de l’ONG Fonds mondial pour la nature (WWF). « Il faut des mesures préventives (…) pour gérer cette coexistence« .

De son côté, le Bangladesh ne partage pas la joie de l’Inde, son pays voisin. Avec 114 animaux selon le dernier recensement publié en mai, la population de tigres sauvages au Bangladesh a légèrement augmenté par rapport aux 106 animaux du dernier comptage quatre ans auparavant, les autorités ayant accentué la lutte contre le braconnage. Mais une analyse détaillée des données a révélé que le sexe-ratio était seulement d’un mâle pour cinq femelles, ont indiqué les responsables de leur protection, avec de probables répercussions sur leur niveau de reproduction. « Nous sommes extrêmement inquiets. Le ratio normal devrait être d’un mâle pour trois femelles tigres« , a déclaré à l’AFP Jahidul Kabir, responsable gouvernemental de la conservation de la faune. Les tigres sauvages au Bangladesh se trouvent dans la forêt de mangroves des Sundarbans, dans le sud-ouest du pays, classée au patrimoine mondial par l’Unesco. « Dans la chaîne de Sharonkhola, nous n’avons trouvé que deux mâles pour 19 tigres femelles« , a indiqué Jahidul Kabir, ajoutant que ce déséquilibre menaçait l’avenir du tigre sauvage au Bangladesh si les Sundarbans continuaient à perdre des mâles. Le braconnage pourrait être à l’origine de ce faible ratio de tigres mâles, selon Monirul Khan, professeur de zoologie et expert des tigres à l’université publique Jahangirnagar. « Aucun doute que cette tendance est inquiétante. Et la raison possible est le braconnage« , a-t-il expliqué. « Les tigres mâles sont plus agressifs et couvrent des territoires plus grands, ce qui les rend vulnérables au braconnage. » La population de tigres sauvages au Bangladesh a atteint un niveau alarmant en 2015, avec seulement 106 tigres présents dans la forêt, soit moins d’un quart des 440 tigres estimés en 2004. Pour enrayer la baisse, les autorités ont plus que doublé la taille de la réserve naturelle dans les Sundarbans et déployé une unité d’élite contre les braconniers. En 2010, lors d’un sommet en Russie, le Bangladesh et les dirigeants de 12 autres pays abritant des tigres s’étaient engagés à doubler leur population d’ici 2022.

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