Brésil : la science devient anonyme de peur des représailles (1 mn 30)

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Les chercheurs Brésiliens enquêtant sur les incendies et la déforestation en Amazonie publient de plus en plus anonymement, de peur des représailles du gouvernement Bolsonaro.

Certains chercheurs brésiliens enquêtant sur les causes et l’étendue des incendies de forêt en Amazonie craignent tellement pour leur emploi qu’ils publient désormais leurs résultats de façon anonyme. C’est le cas dans une nouvelle étude publiée dans la revue de renom Global Change Biology et portant sur la crise des incendies d’août dernier au Brésil. Elle contredit le discours officiel du gouvernement brésilien selon lequel ces incendies se situeraient dans la moyenne historique et affirme qu’ils sont plutôt liés à la forte augmentation de la déforestation coïncidant avec l’arrivée au pouvoir du président Jair Bolsonaro. Quatre des auteurs de l’étude ont caché leur nom par crainte de représailles. « Nous regrettons que cela ait été nécessaire« , écrit l’équipe, dirigée par le scientifique britannique Jos Barlow, dans les remerciements de l’article. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

L’un des auteurs cités, Erika Berenguer, affirme que les chercheurs locaux ont été tellement secoués par le licenciement inattendu de Ricardo Galvão, démis de sa fonction de directeur de l’Institut national de recherche spatiale (INPE) du Brésil après que le président Bolsonaro eut remis en question les données satellitaires qui laissaient entrevoir une forte hausse de la déforestation, que certains ont maintenant peur de rendre publiques leurs conclusions. « Le fait qu’un scientifique ait été licencié pour avoir fait son travail crée un précédent que nous n’avions jamais connu auparavant, déclare Berenguer, écologiste à l’Université d’Oxford et co-auteur de l’étude. Cela crée un paysage de peur, parce que les gens ne savent pas ce qui peut arriver lorsqu’ils publient leurs données. Ils sont inquiets pour leur avenir et de subir des représailles de la part du gouvernement. » Les scientifiques brésiliens craignent par ailleurs les coupures de subventions, qui brident leurs recherches. En effet, en Amazonie, le travail sur le terrain est coûteux, car les chercheurs doivent se rendre dans des sites éloignés. Camila Ribas, biologiste à l’Institut national de recherche amazonienne de Manaus, affirme que les efforts du gouvernement pour saper les institutions scientifiques par le retrait de fonds et la réduction du personnel de haut niveau représentent une attaque idéologique contre les chercheurs qui pourraient parler des conséquences de la déforestation.

« C’est un projet général d’affaiblissement du milieu de la recherche qui critique le gouvernement, dit-elle. C’est mauvais, parce qu’on ne sait jamais ce qui nous attend. Des choses que l’on croyait impossibles auparavant peuvent arriver, comme le renvoi du directeur de l’INPE. » En 2019, le budget du ministère de la Science, de la Technologie, de l’Innovation et de la Communication du Brésil a été réduit de 42 %. Les budgets du Ministère de l’éducation, qui finance les universités, et du Ministère de l’environnement ont également été réduits. Les compressions imposées au principal organisme brésilien de financement de la recherche, le Conseil national pour le développement scientifique et technologique, ont également été très sévères: environ 90 000 doctorants ont été obligés d’arrêter leurs projets de recherche.

L’étude

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