Non, ce vautour n’est pas un espion ! (pour le belouga, c’est moins sûr…) (3 mn)

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Nelson, un vautour fauve retenu en zone de guerre au Yémen pour « espionnage », a été innocenté et libéré grâce un réseau international de sauvetage. Un belouga intercepté en Norvège reste soupçonné d’être un agent russe. Les deux animaux tiennent leurs légendes !

Non, ce n’est pas un épisode de la saison 5 du Bureau des légendes qui aurait fuité… C’est un périple fou qu’a vécu le jeune vautour Nelson ! Réintroduit en 2018 dans les montagnes bulgares par l’ONG FWFF (Fund for Wild Flora and Fauna), Nelson a été capturé alors qu’il survolait le Yémen lors de sa migration annuelle. Nelson étant équipé d’une balise GPS qui permet à l’association de tracer les déplacements des vautours, les hommes à l’origine de la capture ont considéré qu’il s’agissait d’un dispositif d’espionnage et ont suspecté l’oiseau d’être un espion. Le 5 Avril dernier, Kim-Michelle Broderick, de l’ONG française One World Actors Productions, qui tente de sauver les animaux mourants dans les zoos du Yémen en guerre, recevait des appels et des messages d’habitants de Faiz au Yémen, alertés par la détention du vautour et inquiets de son état de santé. Kim-Michelle Broderick prend alors contact avec Pierre Gay, directeur du Bioparc de Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire) et soutien de l’ONG, afin qu’il l’aide à identifier le propriétaire de l’oiseau grâce à sa bague… Pierre Gay conclut rapidement qu’il s’agit d’un vautour relâché par son ami Emilian Stoynov, de l’ONG FWFF. En effet, depuis 2001, le Bioparc soutient et finance l’ONG bulgare. Les deux hommes ont relâché ensemble de nombreux oiseaux. Nelson étant identifié, le correspondant de One World Actors au Yémen, Mr Al-Hoot, prend le relais pour récupérer l’animal : 12 heures de voyage en 4×4 de Sanaa à Taiz sur une route dangereuse, puis 10 jours de négociation sur place car Nelson le vautour est toujours considéré comme un espion, bien que sa balise lui ait été confisquée par les autorités locales… Hafida Benmammar, forestière au Parc National de Tlemcen et amie algérienne de Pierre Gay et du Bioparc, très impliquée dans la conservation des vautours, traduit immédiatement de l’anglais à l’arabe les documents attestant de la provenance de Nelson, et prouvant qu’il n’est pas un espion mais le représentant d’une espèce protégée, équipée d’un dispositif de suivi. Le 16 avril, Nelson est enfin libéré de ses geôles et se trouve désormais en sécurité à Sanaa, pour y être relâché lorsqu’il sera en pleine santé. N’ayant pas l’autorisation officielle de quitter le territoire yéménite, il quittera le Yémen de ses propres ailes… Le Fonds de Dotation du Bioparc a financé tous les frais de cette expédition mais c’est surtout la collaboration entre plusieurs ONG et un réseau de sauvetage qui ont permis de libérer Nelson. Le vautour fauve qui avait complètement disparu des montagnes des Balkans, est réintroduit en Bulgarie depuis 2011 par la FWFF. On dénombre à ce jour 38 couples de vautours fauves qui y nichent, pour beaucoup issus de petits nés au Bioparc de Doué-la-Fontaine.

Dans le même temps, un belouga intercepté par trois pêcheurs dans la mer de Barents intrigue les services de renseignements occidentaux. Equipé d’un harnais muni d’une attache pour une caméra de type GoPro, l’animal venait de Russie, de l’avis des biologistes qui l’ont examiné et l’ont débarrassé de son harnais avant qu’il disparaisse en mer. Or la marine russe, héritière des pratiques soviétiques de la guerre froide, utilise des mammifères marins à des fins militaires. Dans des propos rapportés par Le Figaro, un expert de l’armée russe, le colonel Viktor Baranets, a expliqué : «Nous avons des dauphins militaires pour des rôles de combat, ce n’est pas un secret. À Sébastopol, nous avons un centre pour dauphins militaires, formés pour l’analyse des fonds marins, la défense d’un plan d’eau, l’attaque de plongeurs ennemis ou la pose de mines sur la coque de navires adverses (…).Les Norvégiens auraient probablement souhaité trouver sur la baleine une plaque d’identification avec les coordonnées de l’officier du GRU [les services de renseignement de l’armée russe] qui en est responsable. Nous ne sommes pas idiots. Si nous faisions des reconnaissances avec cet animal, est-ce qu’on laisserait quelque chose qui permet de nous identifier ? ». Or, sur le harnais du cétacé, figurait l’inscription : «Equipement St Petersburg». Mais l’inscription est en anglais et en caractères romains, pas en russe et en caractères cyrilliques. Or il existe un St Petersburg aux Etats-Unis… où se trouvent de nombreux parcs aquatiques exploitant des mammifères marins, dont le célèbre SeaWorld d’Orlando. Et les Etats-Unis ont eux aussi développé par le passé des programmes de dressage de mammifères marins à des fins militaires.