Etats-Unis : les parcs nationaux dans la tourmente Trump

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Toute communication publique sur d’autres sujets que leurs horaires d’ouverture leur est désormais interdite !

Comme toutes les administrations américaines chargées d’une mission scientifique ou environnementale, le National park service (NPS) s’est vu interdire par la nouvelle administration fédérale toute communication sur les réseaux sociaux qui ne porterait pas strictement sur les horaires d’ouverture ou les consignes de sécurité.

La particularité du NPS est de gérer les espaces naturels d’intérêt fédéral (les 59 « parcs nationaux » au sens où on l’entend en français : Yellowstone, Yosemite, Grand Canyon, etc), mais aussi les lieux de mémoire et les hauts-lieux historiques.

Devant cette injonction au silence sur les comptes officiels de ces administrations, nombre de leurs agents ont créé des comptes « alternatifs » pour continuer à communiquer avec le public, hors de tout contrôle gouvernemental. Sur les comptes FaceBook « Alt National Park Service », Jonathan Jarvis, qui a pris le 3 janvier dernier sa retraite de directeur général du NPS, apporte son soutien à la « résistance » des agents du NPS :

«J’observe avec un mélange de fierté et d’amusement comment l’administration Trump tente sans succès de supprimer le Service des parcs nationaux (NPS). Le NPS est l’intendant des lieux les plus importants de l’Amérique, et le narrateur de nos histoires les plus puissantes, rapportées avec précision et fondées sur la recherche scientifique et universitaire. Le « Ranger » d’un parc national est un interprète de confiance de notre histoire naturelle et culturelle complexe, et une voix qui ne peut pas être supprimée. Des décisions venues d’en haut ont enjoint le NPS de ne pas parler de « politique nationale », mais il lui est permis d’utiliser les médias sociaux pour communiquer les horaires d’ouverture et les consignes de sécurité. Le ridicule d’une telle directive a immédiatement suscité des résistances et je n’en suis absolument pas surpris. Désormais, au mémorial national de Martin Luther King Jr. à Atlanta, nous ne devrions plus parler de ses actions pour la conquête du droit de vote pour les Afro-Américains dans le sud ? Cela relève-t-il trop de la « politique nationale »?

Au Stonewall National Monument à New York, parlerons-nous seulement des horaires de visite, ou est-ce «politique nationale» que d’interpréter les événements de 1969 qui ont donné lieu au mouvement LGBT ?

Devons-nous nous contenter de parler de l’architecture de la maison d’Alice Paul et d’Alva Belmont, à Washington, DC, ou est-ce trop «politique nationale» de suggérer que leurs décennies d’efforts pour garantir les droits des femmes peuvent être directement liées aux marches féminines que des centaines de villes ont connues le week-end dernier?

Au titre de notre mission de surveillance scientifique du déclin rapide des glaciers dans le parc national Glacier, un indicateur clair et troublant du réchauffement de la planète, devrions-nous éviter d’en parler au public parce que l’administration considère le changement climatique comme une «politique nationale»?

Ce ne sont pas des questions de «politique», elles sont des faits qui concernent notre nation. C’est notre façon d’étudier et de nous efforcer d’atteindre les idéaux de nos documents fondateurs.

Parler de ces faits est au cœur de la mission du NPS. Pendant l’année du centenaire du Service des parcs nationaux [l’année 2016, NDLR], nous avons accueilli plus de 300 millions de visiteurs dans les parcs nationaux et la plupart sont partis plus inspirés, plus patriotes, et prêts à parler au nom des valeurs auxquelles nous sommes le plus attachés. La nouvelle administration serait sage de s’employer à soutenir le Service des parcs nationaux, ses agents extraordinaires et leurs millions de fans ».