Poursuivi pour sa politique néfaste pour les espèces menacées, Trump réduit le périmètre de deux zones protégées

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Donald Trump a signé lundi un décret réduisant la superficie de deux zones protégées de l’Utah, ouvrant ainsi la voie à une possible exploitation minière et pétrolière de ces réserves naturelles qu’il avait déjà amputées lors de son premier mandat.

Les sites nationaux de Grand Staircase-Escalante et de Bears Ears, tous deux situés dans l’Utah (ouest) vont voir leur superficie réduite de 90 et 91% respectivement, selon le texte signé par le républicain.

« Nous faisons quelque chose de très spectaculaire et de très important pour la population de l’Utah et pour la population de notre pays », a affirmé le président américain au moment de signer le décret.

« Ces désignations (…) sont censées couvrir la +plus petite superficie possible+ », or, ces zones « ne répondent certainement pas à ce critère », a estimé à ses côtés le gouverneur républicain de l’Utah, Spencer Cox.

Il a ajouté que les autorités de l’Etat étaient attachées à ces sites et qu’elles continueraient à les protéger.

En décembre 2017 lors de son premier mandat, Donald Trump avait déjà annoncé réduire drastiquement ces deux zones, créées par deux de ses prédécesseurs démocrates.

Le Bears Ears National Monument, édifié en 2016 par Barack Obama, avait ainsi vu sa surface réduite de 85% et le Grand Staircase-Escalante National Monument, créé en 1996 par Bill Clinton, réduit d’environ 45%.

Mais ces réductions avaient été annulées en 2021 par le président Joe Biden, le site Grand Staircase-Escalante ayant retrouvé sa surface de plus de 7.500 km2 et Bears Ears s’étant même agrandi un peu.

Cette première réduction avait scandalisé les tribus amérindiennes et les défenseurs de l’environnement, dont certains avaient contesté cette décision.

Thomas Delehanty, avocat de l’association environnementale Earthjustice, qui avait déjà poursuivi l’administration Trump lors de la précédente réduction, a indiqué à l’AFP que son organisation était prête à porter une nouvelle fois l’affaire devant la justice.

La loi ne permet pas au président de « réduire ou supprimer » ce type de zone protégée, a-t-il affirmé, soulignant que « seul le Congrès pouvait le faire, en adoptant une nouvelle loi ».

Les sites concernés abritent notamment plus de 100.000 sites archéologiques y compris de l’art rupestre datant d’au moins 5.000 ans.

Les autorités de l’Utah, Etat républicain, plaident elles pour une exploitation des minéraux rares et de ressources énergétiques dont regorgent ces terres et avaient engagé une procédure judiciaire pour contester la restauration des superficies décidée sous Biden.

Ce nouveau décret de l’administration Trump s’inscrit dans une tendance plus large de suppression de mesures de protection de l’environnement au profit des industriels. Des organisations de défense de l’environnement ont déposé une plainte mardi contre l’administration Trump, l’accusant d’affaiblir une loi majeure sur les espèces menacées en cessant de considérer la destruction de leur habitat comme un préjudice.

Le ministère de l’Intérieur américain, principalement chargé de la gestion des immenses terres fédérales, a entériné la semaine dernière ces modifications réglementaires.

Il a ainsi mis fin à cinq décennies de jurisprudence et de pratique dans l’interprétation de l’Endangered Species Act (ESA), une loi majeure adoptée en 1973, à laquelle est attribuée le sauvetage de plusieurs espèces emblématiques aux Etats-Unis, dont celle du pygargue à tête blanche, rapace symbole du pays.

Cette loi emblématique interdit toute forme de « prélèvement » d’espèces menacées. La loi définit ce terme comme le fait de « harceler, nuire, poursuivre, chasser, tirer, blesser, tuer, piéger, capturer ou collecter » un animal protégé, ou de tenter de le faire.

Dans l’application de ce texte, le gouvernement avait précisé que le terme « nuire » (« harm ») englobait notamment les dégradations importantes de l’habitat des espèces protégées mettant en danger leur survie.

Mais l’administration Trump, considérant que cette définition était trop large et portait atteinte aux droits de propriété privée, a décidé de la revoir.

Dans leur plainte, déposée devant un tribunal fédéral de l’État de Washington (nord-ouest), des organisations environnementales comme le Center for Biological Diversity et le Sierra Club estiment que cette décision viole « le bon sens, la science biologique et le droit fédéral ».

« La destruction et la dégradation des habitats tuent les espèces menacées ou en danger tout aussi sûrement que si on leur tirait dessus », font-elles valoir dans la plainte.

Dans un communiqué, elles ont averti que ces changements pourraient avoir des effets immédiats sur des espèces comme les lamantins de Floride, les grizzlis et les insectes pollinisateurs.

Avant cette décision, l’administration Trump avait déjà pris une série de mesures visant à réduire la portée de l’ESA.

En novembre dernier, le gouvernement a notamment proposé d’autoriser la prise en compte de « considérations économiques » dans les décisions visant à déterminer si une espèce menacée d’extinction devait être protégée.

Il a également exempté les industries pétrolière et gazière opérant dans le golfe du Mexique de l’obligation de respecter cette loi. Et lundi, le gouvernement a annoncé qu’il réduisait de plus de 90 % la superficie de deux vastes zones protégées dans l’Utah (ouest).