Existe-t-il un point de non-retour dans la dégradation des écosystèmes ?

Photo d'illustration © Michelle Maria - Pixabay

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Un article récent du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) revient sur l’idée du « seuil de perturbations » au-delà duquel un écosystème se détériore brutalement. Cette notion guide beaucoup de politiques environnementales mais est remise en question par un groupe d’écologues.

Le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) a publié récemment un article passant au crible l’idée qu’il existe « un seuil de perturbations au-delà duquel le milieu se détériore brutalement ». Cette pensée est remise en perspective par un groupe d’écologues qui a recensé et analysé plus de 4600 études écosystémiques. Leur analyse affirme que les points de basculement sont pratiquement inexistants et que les écosystèmes se dégradent graduellement.

Le point de basculement aujourd’hui utilisé pour guider de nombreuses politiques environnementales n’a pu être observé que dans 5% des études analysées par le groupe d’écologues. Cette dégradation brutale apparaît dans peu de cas. Elle a été retrouvée dans les récifs coralliens où « à partir d’une certaine augmentation de température et d’une disparition des poissons herbivores, le corail s’efface au profit des prairies d’algues », explique José Montoya, écologue à la Station d’écologie théorique et expérimentale de Moulis qui a co-écrit une étude sur les effets du seuil et points de basculement.

Cette étude relève que dans la majorité des cas, une dégradation progressive du milieu est observée. Les perturbations vont entraîner entre autres des disparitions d’espèces et la perte de certaines fonctionnalités de l’écosystème. Les conséquences des perturbations sur les écosystèmes apparaissent au fil du temps. L’écologue attire l’attention sur l’importance de prendre ce paramètre en compte pour envisager la conservation des écosystèmes. Le chercheur illustre ses propos avec l’exemple de l’Europe qui fixe des seuils de concentration maximale de nutriments dans les eaux de rivières : « au-delà de ces limites, on considère que la rivière est en train de s’asphyxier« . Or, il précise que pour préserver une espèce, il faut que la qualité de l’eau soit maximale, « les niveaux de concentration maximum tolérés ne suffiront pas ».

Lire l’étude cosignée par José Montoya