Vous aimez le climato-scepticisme ? Vous adorerez le déni d’extinction !

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Une étude alerte sur la montée, dans certains médias et dans la sphère politique, d’un phénomène proche du climato-scepticisme : le déni d’extinction, ou le fait de minimiser la crise de la perte de biodiversité mondiale.

Un appel à « combattre la montée progressive du déni d’extinction » a été lancé aux scientifiques dans un article publié le mois dernier dans Nature Ecology & Evolution. Ce déni se répandu des blogs marginaux aux médias influents et même à une audience du Congrès américain selon l’auteur Alexander Lees, maître de conférences en biologie de la conservation à l’université de Manchester. « Nombre de personnes qui cherchent régulièrement à minimiser les impacts du changement climatique ont écrit des articles qui minimisent la crise de la perte de biodiversité« , explique M. Lees, cité par le média environnemental Mongabay. « Les négationnistes ont cherché à masquer l’ampleur des extinctions et de la perte de bio-abondance« .

L’article décrit et démystifie trois types de négation de l’extinction. Le premier, le « déni littéral« , soutient que l’extinction est en grande partie un problème historique. Les arguments de ce type affirment que « le début de nouvelles extinctions de la faune sauvage semble tiré par les cheveux » et ignorent les preuves réelles des extinctions récentes et des déclins de population généralisés qui suggèrent que de nombreuses autres pertes futures sont en cours. Les négationnistes affirment depuis longtemps que la forêt atlantique au Brésil n’a pas subi d’extinctions, bien que sa superficie ait diminué de 90 % et que deux espèces d’oiseaux y ont été déclarées éteintes en 2019, citent pour exemple les auteurs. Le problème est que la plupart des pertes ne concernent pas les grandes espèces « passionnantes« , mais des espèces plus petites et moins charismatiques.

M. Lees et ses collègues débattent également du « déni interprétatif« , qui reconnaît la perte de la biodiversité mais affirme que seule la croissance économique peut y remédier. La troisième forme de déni est « implicite » : il argue par exemple que les solutions technologiques et les interventions ciblées de conservation – plutôt que des changements globaux des systèmes socio-économiques – permettront de surmonter l’extinction. Les auteurs écrivent que ces deux formes de déni peuvent utiliser certaines preuves apportées dans les écosystèmes tempérés pour faire des affirmations inappropriées sur la réduction des impacts dans les tropiques, où la perte d’habitat s’accélère et où les espèces sont beaucoup plus sensibles au changement que dans les milieux tempérés. Ils soulignent que « la plupart des gens restent ignorants [des] connexions mondiales et de leur impact sur la biodiversité » : des pays comme le Japon, par exemple, sont encore fortement boisés mais ont « pillé les forêts tropicales ailleurs pour le bois. La Norvège alimente la perte de forêts en Amazonie pour le soja qui sert à nourrir les poissons et le bétail. »

Le déni d’extinction a été mise en évidence en mai dernier, lorsque la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a publié son évaluation globale. Le rapport a indiqué qu’un million d’espèces étaient menacées d’extinction. Des commentateurs tels que Toby Young dans The Spectator ont contesté les conclusions ou attaqué la réputation et les méthodes des auteurs du rapport. D’autres attaques ont eu lieu au Congrès américain lors d’une audition convoquée par le Comité sur l’énergie et les ressources naturelles pour discuter des conclusions de l’IPBES. Les représentants républicains et leurs témoins invités – par ailleurs largement climato-sceptiques – ont alors fait preuve de mépris envers le rapport et ses auteurs, rappelle Mongabay.

Dans une interview par e-mail, Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l’IPBES, a déclaré à Mongabay : « Quiconque a suivi l’histoire des grandes questions de politique scientifique […] est conscient de l’opposition, souvent bien financée et coordonnée, aux preuves d’experts, en particulier de la part de ceux qui estiment qu’ils sont les plus perdants si la politique est modifiée sur la base de ces preuves« . Dans l’étude, M. Lees déclare également : « Toute tentative d’orienter l’économie mondiale dans une direction plus durable sera sapée par certaines parties prenantes qui cherchent à maintenir le statu quo« . Il enjoint également les scientifiques à se préparer à réfuter les négationnistes : « De nombreux scientifiques réagissent déjà au déni de science lorsqu’il apparaît dans la presse ou sur les médias sociaux de la part de personnalités éminentes, et cela devrait être encouragé. » « Nous fournissons dans ce document une feuille de route qui est étayée par un engagement courtois, la déconstruction des arguments spécieux et de la pseudo-science, et la présentation de faits scientifiques purs et durs« .

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