En salle : La vallée des loups

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« User la chance », tel était l’objectif qu’assignait Robert Hainard* aux nuits et aux jours que, durant 20 ans, nous avons passés ensemble, dehors, à l’affût des renards, blaireaux, tétras, ours et autres lynx.

Dès les premières images de La vallée des loups, je retrouve cette merveilleuse intensité de l’attente et cette intelligence du choix des lieux. Car comme Hainard, Jean-Michel Bertrand, le réalisateur du film, ne s’installe pas au hasard pour attendre les loups : « lorsque j’ai choisi de chercher dans ce qui est devenu la « vallée des loups », je n’avais aucune indication précise, mais seulement une intuition que les conditions de leur présence étaient réunies » explique-t-il. Il le sent parce que, comme le montre le film, les proies sont nombreuses, l’eau est abondante, la tranquillité est assurée.

Il va attendre un an (oui, vous avez bien lu : un an !) après une unique et fugitive rencontre. Un an caché sous un arbre, là où il estime que sa chance est la meilleure, été comme hiver, immobile, un an à espérer et douter, à ne quitter l’affût que pour de brefs ravitaillements au village, un an d’une incroyable ténacité.

Un jour, enfin la chance est « usée »,  les loups apparaissent car là était le lieu ! Et nous partageons la vie des loups, les relations si structurées entre les membres de la meute, la venue des louveteaux, leur éducation. Tout cela pour la première fois, non pas avec des animaux apprivoisés, mais bien des loups sauvages. Nous voyons ceux-ci, mais également le réalisateur au travail, dans la montagne, car c’est un des intérêts de ce film que le regard qu’il nous propose sur lui et eux.

Eux, les loups tant attendus ; lui, le voyant qui se croit invisible des loups. Peu à peu, cependant, ils regardent, avec insistance, vers sa cache, nous sentons qu’ils prennent conscience de sa présence, nous les voyons non pas le voir, mais au moins le deviner et s’habituer à lui…

La vallée des loups
Film de Jean-Michel Bertrand
Durée 1h30
Produit par Jean-Pierre Bailly MC4

« J’aurais pu finir par me filmer avec un louveteau sur les genoux », affirme-t-il. Et cela il ne le veut à aucun prix. La vallée doit rester celle des loups et d’eux seuls, leur trop grande familiarité avec les humains serait dangereuse pour eux. Jean-Michel Bertrand décidera donc de cesser de filmer à ce moment-là et de ne pas retourner dans « leur » vallée.

Merci, Jean-Michel, pour le bonheur de ce partage, pour cette invitation dans un monde si proche, si beau, si incompris.

* Graveur, sculpteur et peintre naturaliste suisse (1906 – 1999)