Par Jean-Philippe Grillet – Une des routes reliant les Alpes du nord à celles du sud emprunte un itinéraire très marquant, de Grenoble à Gap. Marquant par l’évolution des paysages, de la domination des résineux à celle des feuillus, de la lumière froide à celle brûlante qui promet la Méditerranée. Marquant par la beauté du Trièves que domine, à mi-chemin du parcours, le Mont Aiguille : des millénaires d’érosion ont laissé là un spectaculaire bloc rocheux détaché du massif du Vercors, entouré de falaise et orné à son sommet – 2 807 m – d’une prairie sans aucun arbre.
Stéphane Gal, historien et fort montagnard, raconte dans ce livre la naissance, l’élaboration et la réalisation d’un projet inouï pour l’époque : avec le soutien du roi Charles VIII, le capitaine Antoine de Ville réussit la première ascension du Mont Aiguille le 26 juin 1492. Ce militaire aguerri et son équipe installent les échelles nécessaires à la conquête non pas d’une forteresse ennemie, mais d’une montagne. Grâce au roi, grâce à eux, l’alpinisme est né ! Leur expérience favorise la naissance du paysage – le mot n’existe pas encore ! – autrement dit ce qui entre dans le cadre du champ visuel et suscite une forme d’émotion, (…) d’admiration et de contemplation de la nature. Au siècle de Léonard de Vinci et de Christophe Colomb qui découvre les Amériques le 12 octobre 1492, est ainsi franchie une étape fondatrice de la relation de nos sociétés humaines avec la verticalité et plus globalement avec la nature.
L’auteur en veut pour preuve la fascination qu’Antoine de Ville exprime dans ses notes et le récit de cette aventure, notamment quand, de ce sommet qui, pour lui, est une sorte de toit du monde, il découvre l’horizon.La montagne aurait-elle conquis son conquérant ?
Jean-Philippe Grillet
Une histoire de l’escalade. 1492, aux origines de l’alpinisme, Stéphane Gal, éditions Arkhê, 2024, 234 pages, 21 €


